personnalité limite: l'écriture comme thérapie
Rubrique : Profils psy
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Sujet : Catherine Melchior Sana est atteinte de troubles de la personnalité limite. Ecrire son livre "Je ne sais pas", témoignage bouleversant, sans tabou de ce qu’elle vit au quotidien, a été une véritable thérapie. Elle explique pourquoi.
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Biographie
Je suis née en Belgique (Malmedy) en 1963, quatrième enfant d’une famille de cinq.
Mon père était professeur et musicien reconnu par ses pairs.
Ma mère a renoncé à son métier de secrétaire médicale pour élever ses cinq enfants à temps plein.
Enfant, j’étais de nature extravertie. Audacieuse, au verbe aisé, éveillée. (Mon père avait décidé que je serais speakerine).
Très tôt, un malaise s’est installé en moi. Entre le devoir d’être une enfant à l’image d’un père « parfait », celui de paraître, de réussir et devenir Quelqu’un, j’ai appréhendé la vie comme une mission impossible.
Assurée que je ne pourrais rien devenir, peu à peu, j’ai développé inconsciemment un handicap qui exprimerait ce dont j’étais déjà certaine. En entrant dans l’adolescence, j’ai perdu la faculté d’écrire, de boire sans trembler, de pouvoir exécuter toute manipulation fine… Trembler, sursauter, ne pas pouvoir contrôler mes gestes, ce handicap ne m’a plus quittée.
Ecrire était pourtant ma seule raison de vivre : dès le plus jeune âge, je m’inventais des aventures sur le papier. Toute petite déjà, autant mes résultats scolaires faisaient honte, autant la lecture de mes récits en classe me valait des applaudissements et les félicitations de la maîtresse.
Malgré ce handicap croissant que mes parents ne pouvaient pas accepter dans leur famille et qui restera à jamais un sujet tabou, j’ai suivi une scolarité plutôt normale, mais sans prendre de notes en cours, sans étudier, sans même être véritablement présente dans ce monde qui ne m’offrait ni avenir ni valorisation et moins encore d’affection.
Ma seule occupation essentielle : l’écriture.
Ma seule préoccupation : me faire toute petite pour échapper aux foudres familiales.
Une enfance et une adolescence façonnées par les silences, la honte lue dans les regards, les jugements négatifs… De la petite fille intelligente que j’avais été, il ne restait rien. Aux yeux des adultes, j’étais paresseuse, ingrate.
A 17 ans, j’ai rencontré un médecin, la première personne à sembler s’intéresser à moi et mes problèmes. Après de multiples consultations secrètes qu’il m’offrit, il jugea qu’une hospitalisation était nécessaire pour m’éloigner du milieu familial et parce que je présentais un comportement pseudo-autistique.
Pour la première fois de ma vie, j’ai découvert que la vie pouvait être paisible et autre que rien.
Mais après plusieurs mois de « sursis » passés à découvrir le sens de la bienveillance du corps médical et de l’affection d’autres patients, il était devenu impossible pour moi d’accepter la vie telle que je l’avais menée (ou subie) jusque là.
J’ai repris le chemin de l’école en doublant et redoublant. Ayant découvert les émotions et qu’il était légitime de les exprimer, mais n’ayant pas encore le « mode d’emploi », dans les moments de tensions particulièrement fortes, la meilleur manière de me libérer, d’exprimer et de me sentir était l’auto-mutilation.
Sans diplôme ni compétence, j’ai travaillé 15 ans dans un atelier protégé en débutant par une formation de graphiste-pigiste dans une entreprise de renon à Bruxelles.
Entre temps, j’ai surtout rencontré mon mari, un homme patient, compréhensif, amoureux, un soutien inestimable. Nous avons une fille et trois garçons de 17, 14, 12 et 9 ans.
Même si certaines périodes de crise l’ont dépassé, il aura toujours été présent, tolérant, rassurant, à l’écoute de tous mes maux…
Et de mauvaises périodes, il y en aura eu. Des prises abusives de médicaments, des mutilations, des hospitalisations pour me protéger de moi-même, des angoisses pour un oui ou un non, l’hyper-émotivité…
J’ai toujours continué l’écriture, imprimé des centaines de pages pour les mettre à la corbeille ensuite.
Voici deux ans, après une épreuve familiale difficile, une dernière hospitalisation et la confirmation que j’étais borderline, mon mari m’a encouragée à faire publier mon vécu.
Les réactions ont fusé. D’une part, les témoignages de personnes atteintes de trouble de la personnalité limite qui se retrouvaient fort bien dans mes mots et désiraient se confier, pensant, comme je l’ai longtemps pensé, être incomprises… D’autre part, des personnes totalement étrangères à ce trouble ont accueilli ce roman et osent maintenant me parler à cœur ouvert, sont heureuses de comprendre et fières de moi pour certaines…
Mais encore, j’apprends que ce roman est utilisé dans des thérapies de groupes en milieu psychiatrique.
Enfin, je viens de recevoir la confirmation que mon vécu était en cour d’adaptation pour le théâtre.
Je ne suis pas guérie, mais je suis quelqu’un. J’ai connu des moments de bonheur intense et en vis de plus en plus. J’ai découvert combien tout être est précieux comme il est, que si nous ne pouvons pas tout comprendre, nous pouvons tout écouter.
Aujourd’hui, je comprends que les gens puissent confondre normes et habitudes. Si je ne fais pas partie des normes, j’ai simplement l’ambition de faire partie des habitudes des gens avec ma différence, mon mode de fonctionnement particulier, au nom de ces personnes qui me ressemblent mais n’ont pas encore la force de se montrer comme elles sont.
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