Omega TV

Connectez-vous :  | Mot de passe oublié ? | Devenez membre
  Inscription newsletter

parent: la cruauté d'une mère

Rubrique : Parent 1

Commentez

Transcription texte

Ajoutez à votre playlistInscrivez vous en moins d'une minute pour ajouter une video à votre playlist.

Partagez

Toutes les vidéos de : Brigitte

Nos experts vous répondent immédiatement par téléphone avec Omega TV. En savoir plus.

Sujet : Brigitte, qui a vécu 2 ans dans la rue, partage avec nous son enfance. Elevée par une nourrice jusqu’à 7 ans, elle évoque sa vie d’après avec la femme qui est sa mère biologique. Solitude, dépression au programme. Interview de Trixie de Geffrier.

Mots-clés : nourrice, clochard, rue, brigitte, mendicité, vidéo, mère/fille, vie de famille, Fille, sdf, mère, nounou, sans-abri, abandon, famille

Livres :

Voir Aussi

Les dernières vidéos

Info plus :

Biographie

Brigitte est née dans le Loir-et-Cher il y a quarante-cinq ans. Enfant non désirée d’une mère qui la place dès sa naissance chez une nourrice, elle  retrouvera quelques années plus tard sa famille biologique, mais sera toujours l’enfant de trop. Elle passe un CAP de comptabilité. A Paris, les choses sérieuses commencent : un travail, un petit appartement, des amis mariés. Jusqu’à sa rencontre en 2002 avec Marc,  un ami d’ami qui lui propose de prendre en charge la comptabilité de son club de gym. Bien vite ils s’installent ensemble et Brigitte tombe sous la coupe tyrannique, d’un homme, son homme. Humiliations, coups, isolement, viols, tromperies. Brigitte part un soir, affolée, sans argent, sans vêtements de rechange, pour échapper à la violence de Marc. Et c’est la rue. A 43 ans. Elle y restera 2 ans.


Elle n’a plus d’amis et ne trouve aucune aide. La rue devient son territoire. Au milieu de toutes celles et de tous ceux que l’on appelle les SDF elle doit lutter contre le froid, contre la faim, contre les ravages de l’alcool et de la drogue. Il lui faut rester propre. Cacher sa féminité, s’enlaidir pour éviter la violence des autres hommes et des autres femmes car la rue est violente. Avec un autre SDF, elle forme un drôle de couple, deux marginaux qui tentent de ne jamais sombrer tout à fait ; ils sont tour à tour rejetés ou aidés. Ils croisent des travailleurs sociaux, des policiers formidables, d’autres cruels, et bien sûr d’autres SDF, bons ou mauvais. Jusqu’à son retour à la vie. Grâce à une association d’entraide. Un long parcours du combattant, parsemé d’embûches : lenteurs administratives, difficile, lente circulation d’informations pourtant essentielles, quasi impossibilité lorsqu’on est à la rue de chercher un emploi : comme le dit Brigitte, si j’avais eu un toit, pu justifier d’une adresse, me présenter sans ma maison sur le dos face à un employeur, sans doute ma réinsertion aurait-elle été plus rapide. Le témoignage de Brigitte montre parfaitement combien la question du droit au logement opposable est au cœur même de la question des sans-abris.

Aujourd’hui, Brigitte a 45 ans. Elle est réinsérée : elle a un travail et un domicile.

Écrit en collaboration avec Véronique Mougin, journaliste indépendante, auteur de Femmes en galère, enquête sur celles qui vivent avec moins de 600 euros par mois aux éditions de La Martinière en 2005 puis Les SDF, idées reçues aux éditions Le Cavalier Bleu en 2006.
 

Extrait de "J'habite en bas de chez vous"

Ma première nuit dehors…
Jusqu’au petit matin, je compte chaque minute. Les secondes défilent et me transpercent comme des stalactites aiguisées. Nous sommes le 4 décembre, il gèle. Assise, frigorifiée, je ne peux plus bouger. Je m’accroche à mon sac à main, c’est tout ce qui me reste : mes papiers d’identité. J’attends, mais je ne sais même pas quoi. J’attends que la nuit s’en aille et qu’un miracle se produise, j’attends et j’ai envie de mourir là. Je crève de trouille. La nuit ne veut pas finir et je suis à découvert. Seule. Tous les magasins sont fermés. Derrière moi, je le sens, je l’entends, il y a des gens qui parlent fort. Je ne veux pas bouger de peur de me faire remarquer. Pas me déplacer, de peur de tomber sur des fous. Les passants me frôlent, et je sursaute. Une sirène retentit, je pleure. Mes yeux se raccrochent aux couples à l’air inoffensif, aux amoureux de la nuit, aux ouvriers pressés du petit matin. Eux ne peuvent pas me faire de mal…


Première nuit dehors. Première nuit sans sommeil.
Le soleil se lève enfin et mon soulagement est immense. Je peux recommencer à bouger. Mes muscles sont des blocs de béton.
Je suis enfermée dans un cauchemar boueux. Tombée dans un gouffre glissant dont je ne trouve pas la sortie. J’erre dans Vincennes. Je tourne, je vire, j’oublie en me fondant dans la foule. Je traverse le centre-ville et je me mêle aux lécheurs de vitrines. Je file vers le château, parmi les touristes et les familles. Parc floral, bois de Vincennes, je suis à la trace les joggeurs et regarde s’éloigner les promeneurs de chiens. Je compte mes pas, je vois filer les heures. Je n’ai pas mangé depuis des lustres. Mon estomac est mort. Mon cerveau est à l’arrêt. Que fait-on quand on n’a plus de chez soi ? Personne, jusqu’à présent, ne m’a jamais donné la réponse. Le soir arrive et je me retrouve dans la même situation, sur le même banc, dans la même ville.


Appeler ma sœur.
Il est 19 heures 30 quand je rentre dans la cabine téléphonique qui va me sauver la mise.
— Géraldine, c’est Brigitte. J’ai un problème, je suis dehors, il faut que tu me loges.
Ce soir-là, ma sœur avait invité des amis à dîner. Peut-être même qu’elle les hébergeait, je n’en sais rien. Sans doute a-t-elle été surprise, voire fâchée, de me revoir débarquer dans sa vie après toutes ces années de silence… A-t-elle enrobé son refus dans de belles formules ? Je ne m’en souviens plus. De sa réponse, je n’ai retenu que six mots :
— Je ne peux pas te recevoir.
J’ai raccroché sans dire au revoir. Notre conversation a duré 1 minute. À peine une unité débitée sur ma carte téléphonique… Si seulement elle m’avait accueillie…
Retour sur mon banc. Je suis effondrée, mais même pas étonnée. Une deuxième nuit à tuer, à passer dehors. Une nuit comme une éternité. Une heure passe, puis deux, arrivent des jeunes. Ils sont trois, trois hommes, ils parlent fort. Ils me tutoient. Ils se rapprochent et s’assoient à côté, tout à côté. Je sens leur souffle sur mes joues, leur haleine de bière et de cendrier froid.
— T’as pas à boire ?


Ils veulent de l’argent et de l’alcool. Ils veulent des cigarettes et m’ennuyer. Je ne sais pas ce qu’ils me veulent exactement. Chacun de leurs gestes, chaque phrase qu’il jette dans ma direction me fait mourir d’angoisse. La peur m’emmêle les tripes et glace les mots au fond de ma gorge. Je me lève en priant qu’ils ne me retiennent pas.
Ils me laissent partir. Je me précipite au commissariat. Fermé. Je sonne à l’interphone :
— Bonsoir, je suis à la rue, je ne sais pas où dormir.
On me laisse entrer. Le flic de service au comptoir me regarde et me lance une phrase que je ne comprends pas :
— Faites le 115.
Il est grand, 45 ans, et tout juste poli. Il me balance son 115 et je n’ai aucune idée de ce dont il me parle. 115… Je ne sais pas ce que c’est que ce numéro-là. Je suis paumée, je ne dis rien. Je m’apprête à franchir la porte en sens inverse quand une femme en uniforme me retient :
— C’est bon, je m’en occupe
La jolie fliquette aux cheveux bruns va s’occuper de moi. Merci, mon Dieu, merci. Mais avant elle doit savoir ce qu’il se passe exactement. Je lui explique, les coups et la fuite, le bus, la nuit sur le banc et les jeunes. Elle me demande ma carte d’identité, puis m’explique que le 115 est un numéro de téléphone pour les sans-abri et qu’au bout du fil, une personne de permanence peut les orienter vers des centres d’hébergements d’urgence, disséminés un peu partout dans Paris. Le 115, c’est le numéro vert des clochards.
Clochards.


Mais « clochards » ce n’est pas moi. Clochards ce sont ceux qui dorment dehors. Des mecs poilus, chevelus, des gars sans âge. Les sans-abri, ils ont de gros sacs en plastique et des gueules ravagées. Ils boivent. Rien à voir avec moi.
La femme flic semble d’accord. Elle décroche son téléphone et appelle directement un centre qui, si je comprends bien, accueille des femmes sans logement. Deux minutes plus tard, elle raccroche. Soigneusement, elle me note une adresse sur un morceau de papier et me raccompagne jusqu’à la porte. Je connais bien le quartier où je dois me rendre, c’est à l’autre bout de la ville. Jadis, je faisais mes courses non loin de là. Alors je me remets en route, marcher dans le froid encore, mais cette fois-ci, j’ai un but. Au bout du chemin, peut-être, une chambre au chaud. J’y crois.


Quand j’arrive au centre, je suis reçue par une dame fort aimable qui m’explique le fonctionnement du lieu. Il y a là plusieurs chambres et des studios, habités surtout par des femmes avec enfants, qui y restent un certain temps, plusieurs mois, en attendant de trouver un logement normal. À mon tour de parler. Re carte d’identité et rebelote : j’explique une nouvelle fois ma situation. La dame m’écoute patiemment, elle écoute les coups et les claques, elle écoute la fuite et le bus, le sac à main vide, le banc, l’errance, l’angoisse. Elle prend des notes et me demande mes coordonnées téléphoniques. J’épelle mon nom et laisse mon numéro de portable. J’attends le verdict.
Nous sommes le 5 décembre, il fait froid à fendre les carreaux et le foyer est complet.
— Si jamais une place se libère dans les prochains jours, je vous téléphone immédiatement.
Elle ne m’a jamais rappelée.


Je chute dans un gouffre sans fond ni rien pour me raccrocher.
Je repars donc en sens inverse et retourne à mon point de départ, à ma bouée de sauvetage, le commissariat. Le visage de la flic brune. Ses cheveux qui volent devant ses yeux. Elle est grande, un bon mètre 75, d’apparence pète-sec, mais très gentille. Son regard doux m’enveloppe. Elle m’écoute.
Cette fois-ci, elle appelle le fameux 115. Occupé, occupé. Complet.
— On peut vous installer un lit pliant, si vous voulez vous poser quelques heures.
Mon ange gardien est gardien de la paix et je ne le savais pas.
Je m’installe donc dans un petit bureau vide, sur un lit de toile rêche. Au mur, des rangées de dossiers gris sur des étagères métalliques. Tout à côté de moi, deux chaises et une drôle de machine avec un tuyau. Je suis en sécurité. Je m’allonge, sans dormir, et la chaleur aidant, mes neurones recommencent à fonctionner. Que faire ? Qui appeler ? Où aller ? Les questions resurgissent mais je ne trouve pas de réponse. J’entends les policiers travailler de l’autre côté du mur. Mes larmes coulent doucement, et ne s’arrêtent que quand un incident vient me distraire.


J’entends un type complètement bourré crier qu’il a soif. Pourtant, avec tout ce qu’il a bu ! Par bribes, je comprends qu’il a descendu toute une rue en voiture et en zigzaguant. Bilan : 17 rétroviseurs cassés. Un agent vient dans mon bureau récupérer la grosse machine, qui s’avère être un éthylotest. L’alcoolo de service a 3, 88 grammes d’alcool dans le sang. Comment peut-on tenir debout avec une telle dose dans les veines ? Ce mystère du corps humain me change les idées quelques minutes… Et à force d’entendre le chauffard hurler qu’il crève de soif, le fou rire me saisit.
Je hoquette toute seule allongée sur mon brancard, avant de m’écrouler en sanglots.
J’ai faim. Je ne dors pas. Dans les cellules, on entasse des filles court vêtues, des jeunes qui crient, un grand costaud avec des menottes… Je les croise en allant aux toilettes. Le lendemain matin, l’équipe de jour arrive. Un grand brun vient m’apporter un café XXL et un croissant. En repartant, il me lance un petit sourire :
— Si ce soir vous ne savez pas où aller, vous pouvez revenir ici.


Je le remercie, mais je refuse poliment. J’ai déjà abusé de leur gentillesse... Je quitte le commissariat, direction la mairie de Vincennes.
Il est à peine 8 heures du matin, le thermomètre affiche 3° degrés et je grelotte. À chaque respiration un brouillard se forme autour de mon visage. Je marche à grands pas pour me réchauffer, en attendant que la mairie ouvre ses portes. Les magasins lèvent leur rideau de fer les uns après les autres, des hommes et des femmes habillés pour aller au bureau s’agitent dans tous les sens. Les enfants passent à côté de moi avec leur cartable sur le dos, en trottinant pour ne pas rater le début de la classe. Et moi je suis là, devant eux, à côté mais ailleurs. La vie s’écoule et j’ai l’impression d’être la spectatrice d’un film.
La mairie, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour obtenir de l’aide et des renseignements. Une femme me reçoit rapidement dans son bureau. Elle se présente : assistante sociale, et c’est reparti pour un tour. Je raconte, elle écoute.

Commentez cette vidéo

 

Soyez le premier à commenter cette vidéo
publicité Grossesse_tabac_alcool

Identifiez-vous pour accèder à votre compte.

(en haut de la page)

Vous n'êtes pas encore membre ? Créez votre compte en quelques clics et profitez de tous les avantages d'omegaTV : vous pourrez poser vos questions à nos experts, créer vtre playlist, recevoir notre newsletter, commenter les vidéos...

publicité
twitter


 

LES + D'OMEGATV