littérature: pourquoi il faut aimer la France?
Rubrique : Culture
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Sujet : Jean-Marie Rouart, écrivain, journaliste littéraire, politique, élu à l’Académie française, le 18 décembre 1997. Il aime la France et nous dit pourquoi ! Interview de Jacques Paugam.
Mots-clés : Figaro, Paris Match, Académie, Sarkozy, journalisme, politique, people, vidéo, arts et culture, littérature, jacques paugam, société, Jean-Marie
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BIOGRAPHIE
Jean-Marie Rouart est né à Neuilly-sur-Seine, le 8 avril 1943, dans une famille d'artistes peintres. Il est l'arrière-petit-fils des peintres Henri Rouart, élève de Corot et Henry Lerolle ;
tous deux grands amis de Degas, « Tâche de trouver un moment, mon cher ami, pour aller chez Bernheim sonder trois esquisses de fleurs de Delacroix, de façon que nous en puissions parler demain chez toi. Il y a aussi deux Corot anciens à vérifier. » Lettre de Degas à Henri et dans une autre de ses lettres « Les Rouart sont ma famille en France ». D’un autre côté de la famille, Julie Manet, fille de Berthe Morisot, et nièce d’ Edouard Manet, épouse Ernest, un des fils d’Henri Rouart. Le lien harmonieux qui liait les grands esprits du XIXe siècle et les peintres impressionnistes de l’époque, se retrouvait au coeur de cette famille « hors du commun » où Julie Manet avait comme tuteur Renoir et Mallarmé. Paul Valéry entra dans la famille par le biais de la cousine de Julie ; Louis Rouart, le grand-père de Jean-Marie Rouart, se fit l’ami de Gide et de bien d’autres. Avec cet héritage d’exception, Jean-Marie Rouart a voulu suivre les traces de ces écrivains, qui ont autant marqués son enfance que les Degas et les Manet accrochés aux murs
des maisons familiales.
Écrivain et journaliste, il a publié son premier roman La Fuite en Pologne en 1974. Viennent ensuite La Blessure de Georges Aslo en 1975, Les Feux du pouvoir, prix Interallié en 1977. Après Le Mythomane, en 1980, il obtient le prix Renaudot avec son roman Avant-guerre, en 1983. Il publiera ensuite successivement six romans : Le Cavalier blessé en 1987, une fresque historique à l’époque du Premier Empire, La Femme de proie en 1989, Le Voleur de jeunesse en 1990, Le Goût du malheur en 1993 et L’Invention de l’amour en 1997. Il est également l’auteur de plusieurs essais : Ils ont choisi la nuit, prix de l’Essai de l’Académie française en 1985, consacré à des écrivains qui se sont suicidés, Omar, la construction d’un coupable, en 1994, radiographie du système judiciaire qui a abouti à la condamnation d’Omar Raddad. Il est l’auteur d’une biographie consacrée au duc de Morny : Morny, un voluptueux au pouvoir, en 1995, et d’un essai littéraire sur le thème du succès et de l’échec : La Noblesse des vaincus, en 1998. Il a obtenu le prix Prince Pierre de Monaco pour l’ensemble de son œuvre. Parallèlement à son activité d’écrivain, il a mené une carrière de journaliste. Il a été directeur du Figaro littéraire de 1986 à 2003.
Elu à l’Académie française, le 18 décembre 1997, au fauteuil de Georges Duby (26e fauteuil), il a reçu le Président Valéry Giscard d’Estaing à l’Académie française.
Une famille dans l’impressionnisme, Editions Gallimard, 2001
« Ce monde de la peinture, j’ai eu beau tenter de le fuir, tout m’y ramenait. D’abord mes souvenirs. Presque tous les membres de ma famille peignaient, avec une ardeur farouche, une passion qui me semblait parfois maladive. Non seulement cette famille n’était composée que de peintres, mais on ne s’intéressait à rien d’autre qu’à la peinture. On y bannissait tout ce qui aurait pu en distraire. Si étrange que cela paraisse, il m’a été difficile de me résoudre à parler de cette famille. Je m’en sentais trop proche. J’éprouvais le besoin de me tenir à distance. Elle avait vécu sa vie, et moi je voulais vivre la mienne. Ce n’est que peu à peu que j’ai compris que loin de m’être affranchi d’elle, j’avais subi son influence. On n’a pas impunément respiré l’odeur des crayons, du papier Canson, de l’essence de térébenthine sans qu’il n’en reste quelque chose. Mais je crois que c’est un parfum encore plus prenant et beaucoup plus indéfinissable que j’ai humé dans cette horde de maniaques du pinceau et de rêveurs éveillés : une passion pour une vie mystérieuse dont je pressentais les ivresses et les poisons, cette vie invisible et lumineuse qui rend les artistes à la fois si heureux et si malheureux. Il m’a fallu beaucoup de temps pour vaincre la résistance que j’éprouvais. Et je me suis mis à mon tour, mais avec des mots, à crayonner des portraits, à dessiner des paysages, à pastelliser des souvenirs. »
Rouart l’intrépide, de Jean-Louis Ezine - Le nouvel Observateur - Jeudi 30 juin 2005
La vie et l’œuvre de Jean-Marie Rouart constituent un insondable paradoxe: à première vue, elles exposent le portrait en majesté d’un écrivain à qui nulle gloire ne se sera refusée depuis ses premiers pas sur les boulevards du «Figaro», ni l’Académie française, ni les voluptés qu’on cultive dans le commerce des grands, ni les prix littéraires collectionnés en abondance. Tel Fabrice del Dongo, il rêvait de rencontrer Napoléon et il a été servi. Voilà un lettré qui, au reste, ne paraît pas avoir l’âge de ses mérites, et ne semble pas non plus embarrassé du prestige que lui valent ses principaux faits d’armes, lesquels établissent qu’il a pris l’ascenseur avec Antoine Pinay, croisé le regard du général de Gaulle, annoncé au monde la candidature de Georges Pompidou à l’élection présidentielle, parlé littérature avec François Mitterrand, côtoyé André Malraux sur le perron de l’Hôtel Matignon, et même, au terme d’un long parcours dans les frivolités républicaines, reçu très personnellement Valéry Giscard d’Estaing sous la Coupole.
Pourtant, à peine a-t-on franchi la rampe où le personnage aime s’éblouir, que le soupçon vous cueille: l’auteur de «la Noblesse des vaincus» n’a que l’échec à la bouche et sous la
plume. Qu’elle soit sentimentale ou intellectuelle, seule la défaite trouve grâce à ses yeux parce qu’elle seule est intelligente et qu’on peut la méditer une vie entière sans jamais en
épuiser la terreur. Jean-Marie Rouart ne palpite que dans la fièvre du doute, le lyrisme empoisonné de l’amertume, l’incertitude radicale qui est la marque des justes combats et des
causes qu’on déclare perdues. C’est plus fort que lui, mais on ne gouverne pas un cœur qui s’emballe: il est l’écrivain des déceptions splendides. Il y a quelque chose en lui d’un
soupirant contrarié, à qui l’on ne saurait plus quelle consolation offrir – car il les a toutes. Au fond, c’est un romantique à l’ancienne, modèle 1830. Aussi l’impatient Rouart, pressentant l’ennui où il risquait de fourvoyer son beau tempérament, s’est-il très tôt tourné vers un monde où les guerres sont plus féroces, les échecs plus cuisants, les tempêtes plus héroïques à essuyer: la politique. Né dans une famille «où sévissait l’exquise monomanie de la peinture», il s’est spécialisé dans le portrait. On voit par là que ce Fabrice-là ne trahit pas Stendhal et que, s’il a touché lui-même aux grandeurs en question, elles ne l’ont pas transformé en horrible comte Mosca…
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