au-delà: l’après vu selon Bernard Werber
Rubrique : Au-delà
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Sujet : Bernard Werber, écrivain prolifique à l'imagination débordante, a mené des enquêtes sur l'au-delà, suite à l’acharnement thérapeutique sur son grand-père, l’on conduit à son livre «Thanatonautes».
Mots-clés : Bernard, Thanatonautes, responsabilités, Homme, religion, imaginaire, psychologie, trilogie, Esprit, écriture, métaphysique, mort, vision, au-delà
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Biographie
Septembre 1961 Naissance à Toulouse.
1962 - 1967: Goût prononcé pour le dessin. Un professeur pense que puisqu'il est évident que je serai dessinateur professionnel, mieux vaut m'encourager à développer ce talent particulier plutôt que de me disperser. Du coup je prends du retard dans les autres domaines...
1968: Ecriture de ma première nouvelle élaborée pour une rédaction sur sujet libre. Elle s'intitule "Les aventures d'une puce". L'escalade d'un humain du point de vue d'une puce qui partant des pieds remonte jusqu'au crâne, en passant sous le pantalon, sous le slip, sous la chemise..
1969: Deuxième nouvelle construite: "Le château magique". Le mystère d'un château qui mange ses visiteurs. 3 pages.
1970: Troisième nouvelle construite: "Les enquêtes de Taupin". premier travail sur le principe du meurtre en huis clos (d'autres suivront). La règle du jeu étant de rendre le crime impossible et de trouver malgré tout une solution logique acceptable. Influence Edgar Allan Poe. 8 pages.
1971: Quatrième nouvelle: "La chasse en brousse vue par le lion" et... sa fin en carpette. 4 pages. Dans cette nouvelle ce qui m'intéressait était de créer de l'humour par le changement de point de vue.
1978: Monte un journal de Lycée : "EUPHORIE". Pour le réaliser je me retrouve à apprendre la parfumerie (Le parfumeur toulousain Henri Berdoues me sert de professeur), la pratique de l'imprimerie offset, la dactylographie. Le journal contient 30% de textes sur la vie dans le lycée et à 70% de bandes dessinées. Les bandes dessinées d'EUPHORIE avaient une particularité: elles se lisaient avec des parfums créés spécialement avec une orgue à parfum pour mieux évoquer l'ambiance de l'histoire (on appelait cela la Bandessino-musicale car était aussi indiqué la musique à écouter pour bien capter les trois sens, oeil, nez, oreille. Pour les parfums nous joignons à l'interieur même du journal une languette imprégnée de très peu d'essence pure). J'écris les scénarios et Fabrice Coget les illustre.
1978: Après le bac, commence l'écriture des "Fourmis" (d'après un scénario de 7 pages pour faire une bd avec Fabrice Coget). Après avoir écrit une version assez naïve où les fourmis vivent dans du papier aluminium et où la reine entretient des projets de réformes de la mentalité fourmi, je me rend compte des possibilités incroyables de ce sujet bizarre si l'on s'en tient aux vrais comportements des vraies fourmis. "Plus c'est vrai plus c'est magique". Dès lors je décide d'en faire un gros bouquin. Peut-être de plus de 200 pages. Je m'impose une discipline: 4 heures d'écriture tous les matins (de 8h30 à 12h30) quoi qu'il arrive, que ce soit en période de vacances ou pas.
A gauche, le premier manuscrit de l'ESRA, l'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, le livre dans le livre des Fourmis.
1979: Etudes de droit à Toulouse. Poursuit la publication d' "Euphorie" avec l'aide de Fabrice Coget, mais aussi du dessinateur toulousain Michel Dezerald. Rate l'examen de première année de droit. Découverte du cycle de "Dune" de Franck Herbert (c'est la révélation de la possibilité de construire un roman comme un jeu. "Dune" serait construit comme un tarot). Je commence à dessiner des architectures de romans. Cela donne des diagrammes géométriques remplis de numéros et de flèches.
1980: Etudes de criminologie à l'Institut de Criminologie de Toulouse (on y apprend notamment comment analyser un cheveu ou une douille de revolver). Fréquente assidûment le Tribunal de Grande Instance et la Cour d'Assises de Toulouse pour trouver des thèmes de polar pour mes nouvelles. Deuxième première année de droit. Monte une troupe de théâtre, le STAC, à Toulouse qui met en scène une pièce d'Hitchcock (la troupe ne parviendra jamais à mettre sur pied le moindre spectacle). Réussit le passage en deuxième année de droit. Traversée des USA de New-York à L. A. (puis grande boucle par Houston et Memphis) en stop avec un copain. Dès notre arrivée à New-York, nous nous faisons détrousser par des joueurs de bonneteau, ce qui nous oblige à tenir nos deux mois de voyage avec 2 000 F.
1982: Je "monte" à Paris pour suivre des études de journalisme à l'Ecole Supérieure de Journalisme de Paris. Découverte de Philip K Dick (Nouveau grand choc littéraire). Philip K Dick éclipse d'un coup toutes mes références littéraires précédentes. Asimov m'avait montré l'intelligence dans la SF, Herbert la mystique, Dick... la folie. Et avec la folie il surpasse les deux précédents. Le seul autre auteur qui me passionne à l'époque c'est Flaubert avec Salâmmbo. Parce que là justement c'est très travaillé et c'est vraiment cinématographique. (Quoi que un peu trop violent). Continue de bosser 4h tous les matins sur mon manuscrit des "Fourmis".
1983: Mars - Prix de la Fondation News du meilleur jeune reporter qui m'octroie une bourse pour un reportage en Afrique (au Centre Ecotrope de Lamto) en Côte d'Ivoire pour suivre les fourmis Magnans. Avec le professeur Leroux, nous suivons d'immenses colonies de fourmis en migration qui dévorent tout sur leur passage.
1983 Juillet - Journaliste localier à Cambrai (rubriques : chiens écrasés, suicides, météo, mariages, réparation de clochers). Apprentissage de la photographie noir et blanc.
1983-1990: Journaliste scientifique régulier au "Nouvel Observateur" pendant 7 ans. Articles sur tous les sujets scientifiques: de la conquête de l'espace, à la médecine en passant par l'intelligence artificielle ou la sociologie. Sélectionné en 1990 en finale prix Mumm du meilleur article de l'année pour un reportage sur "Singapour, la ville ordinateur".
1990: Chômage. Profite du temps libre pour apprendre le métier de scénariste de cinéma à l'INA.
1991 Mars - Publication des "Fourmis" chez Albin Michel. Depuis le temps que j'attendais ça. Grand bouleversement dans ma vie...
1992: Publication du "Jour des fourmis". Je n'avais pas prévu de faire une suite, mais j'étais énervé que l'on me fasse passer pour un spécialiste des fourmis. Mon propos était de parler de l'humanité et non des insectes. Donc j'utilise la même vitrine pour tenir un discours totalement différent. Dans le "Jour des fourmis" j'appuie à fond sur l'aspect polar et réflexion philosophique. En plus des 4 heures d'écriture matinale de 8h30 à 12h30, j'ajoute 1 h d'écriture de nouvelles de 18h à 19h. Avec pour principe un début, un milieu et une fin inattendue. J'utilise pour cela des structures assez proches des blagues ou des tours de magie. Une règle, ne pas laisser de début de nouvelle en chantier. Il faut tout boucler en une heure même si je ne trouve pas la chute, je prends vite la première idée qui me vient.
1993: Publication de "L'Encyclopédie du savoir relatif et absolu", a partir de mes petites notes sur tout ce que je découvre de marrants ou de bizarre.
1994: Publication des "Thanatonautes". Le thème en est la conquête du paradis par des nouveaux aventuriers explorateurs, les thanatonautes (j'invente le mot à partir de deux racines grecques, "thanatos" le dieu de la mort et "nautis" explorateur). J'étudie pour écrire ce livre les religions, les mythologies, les rites primitifs des tribus d'Australie et d'Amérique, le livre des morts tibétains et le livre des morts égyptiens. J'essais de trouver les points communs entre tous ces textes sacrés. Puis une fois que j'ai digéré ces connaissances, je mets tout cela en scène afin que le lecteur vive en direct à la première personne du singulier et au présent ce qui pourrait être sa propre découverte du paradis.
1995: J'écris "La révolution des fourmis". Dans la "La révolution des fourmis" je recherche une méthode pratique pour réussir une révolution douce non violente, sans effet spectaculaire, pour changer les mentalités et sortir du système des castes qui je crois sclérose la société française moderne. Internet me semble l'outil pour y parvenir. Je mets au point le concept de VMV (recherche de la voie de moindre violence) et d'Arbre des futurs (système permettant de voir tous les futurs possible sur un grand diagramme). Plus le concept de "Infra-world", le jeu où les pièces sont tellement intelligentes qu'elles sont prêtes à recevoir le don du libre arbitre.
1997: Publication du "Livre du voyage" après des recherches sur la psychanalyse, et l'auto hypnose. Le livre du voyage est là encore une expérience étant donné qu'il utilise une structure à la "Petit prince" de Saint Exupéry, mais au lieu de mettre en scène un personnage fictif, je place directement le lecteur au centre du récit.
1998: Sortie du "Père de nos Pères". Après les fourmis, les thanas et le livre du voyage, j'arrête les expériences nouvelles pour retomber sur quelque chose de plus classique. Un: "le Père de nos pères" est un polar, avec une structure de polar: un crime, une enquête, des suspects, une surprise finale inattendue. Deux: "le Père de nos pères" est basé sur des informations scientifiques toutes récentes et peu connues dans le domaine de la paléontologie, de la génétique et de la médecine.
1999: Sortie de la bd EXIT, en fait un système d'aventures écrit à l'origine pour une série TV. Une jeune fille s'inscrit sur internet dans un club qui aide les gens à se suicider en les faisant s'assassiner entre eux. Préparation du jeu des "Fourmis" chez Microïds. Ecriture du scénario et Réalisation du film (court métrage) la "Reine de Nacre", l'histoire d'une série de crimes étranges qui ne deviennent compréhensibles qu'une fois qu'on sait qu'ils participent à une sorte de partie d'échec géante. Le cavalier noir est un vrai cavalier à cheval qui galope dans le désert, épée dressée. Le fou blanc galope en diagonale avec sa camisole et son entonnoir sur la tête, etc....
2000 1er Avril - Termine après 2 ans de travail "L'Empire des Anges" (en fait la suite des Thanatonautes, mais qui peut se lire indépendamment). On y retrouve Raoul et Michael mais cette fois ils sont des anges et ils tentent d'aider les hommes à devenir vraiment humains... L'idée de l'Empire des anges est de réfléchir sur les points de vues "exotiques". Changer de point de vue pour observer l'humanité. Les fourmis donnaient le point de vue des fourmis, donc de l'infiniment bas. Dans l'Empire des anges, on dispose du point de vue des anges, donc de l'infiniment haut.
2001 Octobre 2001: Sortie de "L'Ultime Secret". J'ai écrit ce livre d'après une véritable découverte qui me semble majeure. Celle du centre du plaisir dans le cerveau.
Nota 1: Six mois après la publication de mon livre de véritables expériences seront effectuées sur le cerveau des rats exactement comme dans mon livre.
Nota 2 : en septembre 2001, un boeing s'écrase sur un building comme au début de l'empire des anges publié en Avril 2000.
Nota 3 : on vient de découvrir un lien génétique avec le porc exactement comme dans mon livre Le père de nos pères. J'en ai marre d'être copié. Non, je blague.
2002: Réunion des meilleures nouvelles pour le projet de livre "L'arbre des possibles". Publication en octobre. Pour la quatrième fois le livre arrive au sommet des listes de best sellers dès sa sortie ("Le Père de nos Pères", "L'Empire des anges", "L'Ultime Secret", avaient déjà connu cet honneur grâce à vous).
En marge de mon activité littéraire proprement dite, je propose la création d'une association pour prévoir les scénarios de futurs possibles d'après une nouvelle "L'arbre des possibles" (vous pouvez voir le principe de l'association sur le site).
En chantier:écriture de mon gros projet "Le Royaume des Dieux". Au programme toute l'histoire de l'humanité plus la visite de l'Olympe et de ses dieux.
2003: Sortie du livre "Nos amis les Humains" et réalisation d'un court-metrage sur le thème des humains vus par les extra-terrestres.
2004: Adaptation de "Nos amis les Humains" au théatre.
Sortie du premier volume de "Nous les Dieux".
2005: Sortie du livre "Le Souffle des Dieux" (suite de "Nous les Dieux"), de la BD "Les enfants d'Eve" avec le dessinateur Eric Puech, et réalisation d'un long-metrage, "Nos amis les Terriens", produit par Claude Lelouch.
L'ENCYCLOPÉDIE DU SAVOIR RELATIF ET ABSOLU
Comment créer un univers ? Comment rêvent les dauphins ?
D'où viennent les signes du zodiaque ?
D'où viennent les légendes ?
Quel lien entre spiritualité et astrophysique?
Quel lien entre tarots et alchimie?
Comment réussir une mayonnaise?
Le paradoxe de la reine rouge?
Les jeux d'Eleusis?
La civilisation d'Harappa?
Qui étaient réellement Archimède, Néron, Conan Doyle, Pythagore, la papesse Jeanne?...
Autant de réponses à des questions que vous ne vous êtes peut-être jamais posées...
NOTES DE L'AUTEUR
Dans ce recueil, sont réunis les extraits de l'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu: des "Fourmis", du "Jour des Fourmis", de "la Révolution des Fourmis", de "l'Empire des anges", de "Nous les Dieux", du "Souffle des Dieux", du "Mystère des Dieux" bref tout ce qui a été publié de l'ESRA dans tous mes livres....
PARADIS SUR MESURE
Imaginez un monde uniquement peuplé de femmes, où les hommes ne sont plus qu'une légende...
Imaginez un monde où, il est interdit de se souvenir du passé, où les gens n'ont qu'un seul intérêt, le cinéma...
Imaginez un humoriste qui partirait à la recherche du lieu où naissent les blagues anonymes...
17 histoires sous forme de contes, légendes ou fables, 17 histoires fantastiques pour frémir, rêver ou sourire.
NOTES DE L'AUTEUR
Après le gros morceau de la trilogie des dieux, (et la pentalogie du ciel: 9 ans de travail) voici une récréation 17 nouvelles sur des futurs possibles pour l'humanité mélangés à des passés probables personnels. 17 petites histoires étonnantes qui sont faites pour être consommées comme des apéritifs, des zakouskis, des amuse-gueules. J'ai essayé d'être le plus rapide et le plus intense possible à partir de l'idée brute aussi bizarre soit elle. Par exemple "Demain les femmes" présente un futur ou seules les femmes survivront, cette histoire m'a été inspirée d'une discussion avec une amie féministe. Elleme disait que l'idéal pour nous ce serait de pondre des oeufs comme cela on déciderait qu'on on les couve et quand on les casse.
Pour "Et l'on pendra tous les pollueurs" je me suis contenté d'écouter les discours les plus pessimistes des écologistes. Ils disent que c'est trop tard pour tout arranger, très bien, alors prenons les dispositions adéquates aussi dures soient elles...
J'ai essayé de tester des structures nouvelles, des styles différents (comme "Question de Respect" rédigé à la première personne du singulier avec le point de vue d'un garde du corps de star de la télévision) ou "Le Sexe des fleurs". Paradoxalement, c'est souvent celle-ci et le "Maitre de Cinema" qui font le plus rêver. A vous de tester.
Quelques conseils aux écrivains en herbe par Bernard Werber
1. - Le désir
Ecrire? Au commencement est le désir. Se demander pourquoi on a envie d'écrire. Si c'est pour faire une psychanalyse par écrit (et donc économiser 25 ans et 100 000 euros) mieux vaut renoncer. Si c'est pour gagner de l'argent ou avoir de la gloire, ou passer à la télévision ou épater sa maman, renoncer. La seule motivation honorable me semble être: parce que l'acte d'écrire, de fabriquer un monde, de faire vivre des personnages est déjà une nécessité et un plaisir en soi (on peut aussi admettre comme motivation: épater une fille dont on est amoureux).
2. - Les handicaps
Le principal problème de l'écriture, c'est que c'est un acte solitaire absolu. On est seul avec sa feuille et soi même. Si on a rien à dire aux autres ni à se dire à soi même, l'écriture ne va que vous faire mesurer ce vide intérieur. Désolé. Il n'y a pas d'acte qui ne soit pas avec des contreparties. Si vous devenez écrivain professionnel «sérieux » préparez vous à passer au moins 5 heures par jour enfermé seul devant un ordinateur, une machine à écrire ou un calepin. Vous en sentez-vous capable?
3. - Un artisanat
On dit que pour réussir il faut trois choses: le talent, le travail et la chance. Mais que deux suffisent. Talent plus travail, on n'a pas besoin de chance. Talent plus chance, on n'a pas besoin de travail. Travail plus chance, on a pas besoin de talent. Vu qu'on ne peut pas agir sur la chance, mieux vaut donc le talent et le travail.
Comment savoir si on a le talent...? En général les gens qui ont le talent d'écrire ont déjà pris l'habitude de raconter des histoires à leur entourage. Ils prennent plaisir à relater des événements vécus ou lus, et naturellement on a envie de les écouter. Ce n'est pas obligatoire mais c'est un premier signe. Souvent les gens qui racontent bien les blagues finissent par comprendre les mécanismes d'avancée d'une intrigue et d'une chute. La blague est l'haïku du roman. D'ailleurs tout bon roman doit pouvoir se résumer à une blague.
4. Lire
On doit lire le genre de livres qu'on a envie d'écrire. Ne serait-ce que pour savoir ce que les autres auteurs, confrontés aux mêmes problèmes, ont fait. On doit aussi lire les livres des genres qu'on n'aime pas forcément ne serait ce que pour savoir ce qu'on ne veut pas faire.
5. Se trouver un maître d'écriture
Se trouver un maître ne veut pas dire copier, ni plagier. Cela veut dire être dans l'esprit, la liberté, la manière de développer les histoires de tel ou tel. Il n'y a pas de contradictions avec la loi un peu plus bas sur l'originalité. Lire peut vous permettre de décomposer les structures comme si on démontait un moteur de voiture Mazeratti pour voir comment c'est fait. Cela ne vous empêche pas de construire autrement une Lamborgini.
6. Accepter le statut d'artisan
Ecrire est un artisanat. Il faut avoir le goût à ça, puis l'entretenir régulièrement. Pas de bon écrivain sans rythme de travail régulier. Même si c'est une fois par semaine. Ensuite on est tout le temps à l'école. Chaque livre va nous enseigner un petit truc nouveau dans la manière de faire les dialogues, le découpage, de poser vite un personnage, de créer un effet de suspense. C'est ça l'artisanat. Surtout ne vous laissez pas impressionner par les passages des écrivains à la télévision ou les interviews de ces écrivains... Ce ne sont que des attitudes. Le vrai artisanat ne peut pas être montré là-bas. Et n'oubliez pas que ce n'est pas parce qu'un auteur passe bien à la télé ou est beau ou souriant que c'est un bon artisan. C'est juste un bon type qui passe à la télé dans le rôle d'écrivain. En général plus ils sont sérieux, plus ils impressionnent. La seule manière de savoir ce que vaut un écrivain est de le lire. La seule manière de savoir ou vous en êtes dans votre artisanat est de demander à vos lecteurs ce qu'ils pensent de vos livres.
7. L'inspiration
En fait, bien souvent, l'inspiration vient d'une résilience. On souffre dans sa vie donc on a besoin d'en parler par écrit pour prendre le monde à témoin. Par exemple quelqu'un vous a fait du mal; vous ne vous vengez pas par des actes, vous vous vengez par écrit en fabriquant une poupée à son effigie et en y plantant des aiguilles d'intrigue. A la fin le héros casse la figure à la poupée à l'effigie de votre adversaire. On dit que les gens heureux n'ont pas d'histoire. Je le crois. Si on est complètement heureux satisfait de tout ce qu'on a déjà pourquoi se lancer dans l'aventure hasardeuse de l'écriture ? A la limite je conçois qu'une fois qu'on est écrivain professionnel l'écriture devienne en soi une sorte de quête du graal, du livre parfait, mais là encore c'est une frustration à régler. Donc une souffrance. Oui dans l'écriture il y a forcément une vengeance contre quelque chose ou quelqu'un. Ou en tout cas un défi à relever.
8. - L'originalité
Un livre ou une histoire doit apporter quelque chose de nouveau. Si ce que vous faites est dans la prolongation de tel ou tel ou ressemble à tel ou tel ce n'est pas la peine de le faire. Tel ou tel l'a déjà fait. Il faut être le plus original possible dans la forme et dans le fond. L'histoire ne doit ressembler à rien de connu. Le style doit être neuf. Si on dérange des imprimeries et si on abat des arbres pour avoir de la pâte à papier, c'est qu'il faut avoir quelque chose à apporter en plus avec son manuscrit.
9. La fin
Si le lecteur découvre qui est l'assassin ou comment va se terminer le livre dès le début ou le milieu, vous n'avez pas rempli votre contrat envers lui. Du coup, pour être sûr d'avoir une fin surprenante, il vaut mieux commencer par écrire la fin puis le cheminement qui empêchera de la trouver.
10. - Surprendre
Il faut surprendre à la conclusion, mais il faut toujours avoir une envie de surprendre à chaque page. Il faut que le lecteur se dise à chaque fois «ah ça… je ne m'y attendais pas». Les romains inscrivaient à l'entrée des théâtres "Stupete Gentes" qu'on pourrait traduire «Peuple préparez vous à être surpris ». Surprendre son lecteur est une politesse.
11. Ne pas vouloir faire joli
Beaucoup de romanciers surtout en France, font du joli pour le joli. Ils enfilent les phrases tarabiscotées avec des mots de vocabulaire qu'il faut chercher dans le dictionnaire comme on enfile des perles pour faire un collier. Cela fait juste un tas de jolis phrases. Pas un livre. Ils feraient mieux d'être poètes. Au moins c'est plus clair. Toute scène doit avoir une raison d'être autre que décorative. Le public n'a pas (n'a plus?) la patience de lire des descriptions de paysages de plusieurs pages ou il ne se passe rien, ni des dialogues sans informations qui n'en finissent pas. La forme ne peut pas être une finalité, la forme soutien le fond. Il faut d'abord avoir une bonne histoire ensuite à l'intérieur on peut aménager des zones décoratives, mais sans abuser de la patience du lecteur.
12. Recommencer
Ne pas avoir peur de tout recommencer. En général le premier jet est imparfait. On a donc deux choix, soit le rafistoler comme une barque dont on répare les trous dans la coque avec des bouts de bois, soit en fabriquer une autre. Ne pas hésiter à choisir la deuxième solution. Même si l'informatique et le traitement de texte autorisent toujours des rafistolages. C'est un peu comme le "master mind". C'est parfois lorsqu'on a tout faux qu'on déduit le mieux comment faire juste. J'ai refait 120 fois "les fourmis" et franchement les premières versions n'étaient pas terribles.
13. Les lecteurs tests
Trouver des gens qui vous lisent et qui n'ont pas peur de vous dire la vérité. La plupart des gens auxquels vous donnerez votre manuscrit à lire se sentiront obligés de vous dire que c'est la 7ème merveille du monde. Cela ne coûte pas cher et ça n'engage pas ; Par contre dire à un auteur, "Ton début est trop long, et ta fin n'est pas vraissemblale" signifie souvent une fâcherie avec l'auteur. Pourtant ce sont ceux qui auront le courage de vous dire cela qui seront vos vrais aides. Et c'est à eux qu'il faudra donner en priorité vos manuscrits à lire pour avoir un avis. Vous pouvez aussi écouter les félicitations pour les scènes réussies. Mais ne soyez pas dupe. Mettez votre ego de coté. Fuyez les flatteurs qui ne sont pas capables d'expliquer pourquoi cela leur a plu.
14. Raconter à voix haute
Ne pas hésiter à raconter oralement votre histoire. Tant pis si vous prenez le risque de vous faire piquer l'idée. En le racontant oralement, vous sentez tout de suite si cela intéresse et vous vous obligez à être synthétique et efficace. Voir en direct ses lecteurs réagir à une histoire est très instructif.
15. Les personnages
Soigner les caractères des personnages principaux en faisant une fiche avec leur description physique, leur tics, leurs vêtements, leur passé, leur blessures, leurs ambitions. Prenez pour fabriquer un personnage des caractéristiques à vous ou a des amis proches. Bref, des êtres que vous connaissez un peu en profondeur. Il faut les rendre attachants et crédibles. Il faut que les gens puissent se dire "Ah oui, ce genre de personne cela me rappelle un tel". Qu'ils se reconnaissent en eux, c'est encore mieux.
16. L'adversité
Il faut que votre héros ait un problème à régler. Plus le problème est gros plus l'interêt du lecteur est fort. L'idéal est de donner des handicaps au héros de manière a ce qu'on se dise il n'y arrivera jamais. Exemple: l'enquêteur est aveugle et le tueur est non seulement le roi de la maffia mais en plus il a des talents de télépathie et c'est quelqu'un qui a beaucoup de chance. Plus le héros est maladroit plus le méchant est fort plus on est intéressé. Le système est: l'auteur met son héros dans des problèmes que le lecteur jugera insurmontables et l'auteur sauve à chaque fois in extremis son héros d'une manière que le lecteur n'avait pas prévu.
17. Alterner les formes
Les lecteurs ont souvent des journées fatigantes, ils lisent pour se détendre, donc il faut penser à ne pas les ennuyer. Pour cela, alterner les scènes d'actions et de dialogues. Mettre le maximum de coup de théâtre inattendues. Ne pas oublier que la lecture est un plaisir et que l'objectif n'est pas que le lecteur se dise que l'auteur est doué; il doit se dire "mais qu'est-ce qui va arriver à la scène suivante"?
18. Transmettre du savoir
La fonction des livres est aussi d'apprendre des choses. La forme est un élément, mais si après avoir lu un livre un lecteur sait quelque chose qui lui permettra de nourrir les conversations ou les dîner, c'est quand même un intérêt de la lecture.
19. Aller voir sur place
Un: s'informer. Deux: réfléchir. Trois: écrire. S'informer est indispensable. On ne parlera bien d'un lieu que si on y est allé pour faire des repérages. On ne parlera bien d'un métier que si on a discuté avec une personne qui la pratique. Évidemment on peut imaginer, mais le plus on se frottera au réel, le plus on découvrira de choses et on pourra raconter d'anecdotes vrais. Et le lecteur sent tout de suite ce qui est pur délire d'auteur et ce qui est une observation réelle.
20. Avoir une volonté d'être compris par tous
Souvent les critiques parisiens taxent les auteurs qui touchent tous les publics "d'auteurs populaires". Avec une connotation péjorative dans le mot populaire, sous entendu que si cela plaît au grand public c'est que ce n'est pas de la grande littérature. Victor Hugo se vantait d'être un auteur populaire, de même que Alexandre Dumas, Jules Verne et Flaubert. Mozart faisait de la musique populaire et s'en flattait. Tous les auteurs "non populaire" qui vivaient à la même époque ont été oubliés, qu'ils soient grand poètes, grands académiciens, grands écrivains de cours ou de salon. L'histoire les a balayés avec leurs jolies tournures de phrases et leur effets de manches. De même que tous les auteurs maudits qui revendiquaient comme un titre le fait de n'être compris que par un public restreint on en effet été effacés. Logique. Il est beaucoup plus difficile de plaire au large public qu'à un groupe de soit disant arbitres des élégances. Faire simple et clair réclame beaucoup plus de travail que de faire grandiloquent, incompréhensible, et rempli de sous entendus que l'auteur est le seul à connaître.
21. Se plaire à soi même
Pour plaire au lecteur il faut se mettre à sa place. Ecrire des livres qu'on aurait envie de lire si ce n'étaient pas les nôtres. Ne jamais se dire "j'écris cela, ça ne me plaît pas, mais ça leur plaira". On est soi-même la première personne qui doit s'amuser à lire le livre. Répétons-le: S'il n'y a pas de plaisir d'écriture, il ne peut pas y avoir de plaisir de lecture ensuite.
22. L'initiation des personnages
Une bonne histoire est aussi une initiation. Au début le héros dormait sur ses lauriers ou sa fainéantise. Une situation de crise va l'obliger à s'apercevoir qu'il est beaucoup plus que ce qu'il croit. Mettre les personnages en situation de danger pour les obliger à révéler leurs talents cachés. Et le lecteur en vivant dans la peau du personnage va faire la même expérience de transformation. Un bon livre est un livre qui transforme son lecteur en le faisant se prendre pour le héros.
23. Faire des plans
Quand vous avez un bon premier jet brut, essayez de trouver une manière de le découper de l'organiser pour qu'il soit rangeable dans des chapitres. En général on organise le livre en trois actes: Début. Milieu. Fin.
Début. Le début est en général le lieu de la scène d'exposition. On découvre ou ça se passe. Quand ça se passe. Qui agit. Et le plus rapidement possible quelle est la problématique. L'idéal est de réduire au maximum le décollage du début, il faut que l'exposition soit la plus rapide possible pour que le lecteur n'attende pas avant d'être dans l'histoire.
Le milieu. Le milieu est souvent le ventre mou du livre. On prolonge la problématique, on en invente des secondaires, on gère la progression dramatique.
La fin c'est soit le coup de théâtre surprise, soit la grande explication de l'histoire cachée, soit l'apothéose.
24. Les portes ouvertes, portes fermées
Dans les scènes du début on ouvre des portes. Ce sont des problématiques: "qui a tué?", "vont-ils s'aimer?", et "qui est cette dame en noir qui surgit de temps en temps?". A la fin il faudra penser à toutes les refermer. "C'est le fils du paysan qui a tué", "ils vont s'aimer mais cela ne sera pas facile", et "la dame en noir c'est en fait le fils caché de la concierge déguisé en femme depuis son voyage au Brésil ou il a connu l'enfer et qui recherche l'identité de son vrai père" Bien vérifier qu'il n'y ait pas de portes ouvertes béantes (soudain on ne parle plus de la dame en noir) ni de portes fermées qui n'ont pas été ouvertes (soudain un personnage révèle qui il est, mais on n'en parlait pas au début).
25. L'envoi aux éditeurs
Investir dans la photocopieuse et envoyer son manuscrit à un maximum d'éditeurs. De préférence ceux qui ont des livres qui ressemblent dans leur genre au votre. Pas la peine d'envoyer de la science-fiction à un éditeur de poésie.
26. Les lettres de refus
Les éditeurs reçoivent une centaine de manuscrits par jour. Donc ils ont du mal à distinguer le bon grain de l'ivraie. Ils utilisent pour cela des lecteurs, soit des professeurs de français à la retraite, soit des étudiants, soit des amis qui aiment lire qui leur font ensuite des fiches. Ces gens sont souvent payés pour ce travail mais font aussi parfois cela par passion personnelle. Si les éditeurs vous répondent tous que cela ne leur plaît pas, ce n'est pas définitif. Essayez de savoir pourquoi en les appelant et refaites un manuscrit en tenant compte de leur remarques. Ou s'il n'y a pas de remarque, refaites quand même un manuscrit en tenant compte de l'avis de vos lecteurs négatifs ou de votre propre évolution. Puis renvoyer, il y a quand même une part de chance en renvoyant au même éditeur vous pouvez finir par tomber sur quelqu'un qui vous comprenne et vous défende dans les comités de lecture (personnellement j'ai renvoyé mon manuscrit pendant 6 ans à tous les éditeurs et j'ai reçu trois lettres de refus de mon éditeur actuel). Le découragement fait partie du mode de sélection.
27. Ne pas faire d'édition à compte d'auteur
Si personne n'est prêt à payer pour votre manuscrit c'est peut être parce qu'il n'est pas bon. Cette hypothèse ne doit jamais être oubliée. Tout le monde n'a pas forcément de talent. Et ce n'est pas grave. A la limite tentez la musique. Par contre les éditeurs qui proposent de vous de payer pour être édités ne distribuent que peu ou pas votre livre. Vous allez juste vous retrouver avec un tas de bouquins dans votre chambre à distribuer à vos amis. Autant faire vous même vos tirages avec votre ordinateur.
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