
J’appelle pseudo amour par exemple ce que j’appellerai l’amour de besoin, l’un des deux dit à l’autre, « je t’aime, je t’aime » et ça veut dire en fait « aime-moi, aime-moi. » En fait, je ne suis pas dans l’amour, je suis dans la demande d’être aimé, l’inspiration à être aimé. C’est un amour qui va déboucher souvent sur une relation de terroriste dans lequel on va exiger de l’autre qu’il nous aime. Il y a aussi ce que j’appelle les amours de manque où implicitement, on va tenter d’obtenir de l’autre un amour qu’on a jamais eu de la part de papa, de la part de maman, comme-ci je disais implicitement à l’autre, « tu devrais m’aimer comme ma mère ou mon père aurait du m’aimer ou comme celle qui m’a quitté il y a quelques années, n’a pas su m’aimer »
Et donc quelque soit l’amour que va nous offrir l’autre, il ne sera jamais à la hauteur, il ne correspondra pas à ce que nous attendons de l’autre, ça ce sont les amours de manque. Il y a aussi les amours de peur qui fait que nous exigeons de l’autre qu’il n’aime que nous « tu ne dois pas regarder un autre homme, une autre femme », « tu dois aimer que moi, je dois être la personne la plus importante pour toi dans la vie » et je ne sais pas si vous entendez à travers ça, tout le terrorisme, toute la violence dont peut-être porteur ce que certaines appellent l’amour mais que moi je continue à appeler les pseudos amours.
Alors, on me demande souvent, mais qu’est que c’est alors que l’amour ? Eh bien, à l’âge que j’ai, j’ai 73 ans cette année, l’image qui me semble la plus juste pour parler de l’amour, c’est l’image musicale. Ça veut dire que l’amour c’est comme un sentiment qui est chez l’autre, un sentiment qui est chez moi, jamais du côté du cœur et quand ces deux sentiments se rencontrent tels deux notes de musique. Ils vont parfois s’accorder et faire du Mozart ou du Schubert ou du Schumann ou du Jean-Jacques Goldman si on aime Jean-Jacques Goldman, ça veut dire vous voyez tels deux notes de musique qui vont s’accorder, vibrer ensemble et s’amplifier, ça c’est ce que je souhaite à chacun d’entre nous, de rencontrer ce type d’amour où il y a un sentiment chez l’un, un sentiment chez l’autre, ça s’appelle l’amour réciprocité.
Mais au-delà de l’amour réciprocité il y a cette sorte d’accord magique qui va faire que ça va devenir quelque chose de merveilleux, d’éblouissant qui va nous transporter, qui va nous transcender et qui va faire d’ailleurs dans ce type de relation amoureuse qu’on va écrire des poèmes. C’était mon cas, alors que je croyais que j’étais incapable d’écrire, on va être capable de traverser la Manche à la nage, enfin de faire des choses extraordinaires, de développer une énergie, de développer une créativité.
Les grands artistes sont souvent portés par deux choses, par l’énergie d’un amour naissant qui est le propre du sentiment amoureux ou la nostalgie d’un amour perdu qui n’est plus là, qui est… parce que l’autre est parti ou parce que l’autre a disparu et qui fait qu’on est encore habité par cette sorte de vibration, parce que je crois que le propre du sentiment amoureux, c’est de stimuler cette vibration à nous, c’est de l’ordre vibratoire, quand chacune de nos cellules vont scintiller, vont pétiller, vont être porteuses comme ça d’une… d’un mouvement qui nous appelle, qui nous porte vers l’autre avec ce sentiment c’est ce que je souhaite à chacun, d’être reçu, d’être accueilli, d’être amplifié.
Alors c’est cette sorte d’amour en réciprocité qui va faire parfois que, eh bien, que ça va être formidable mais attention parfois il y a un amour formidable chez l’un, il y a un amour formidable chez l’autre mais quand ces deux amours se rencontrent, ça ne vibre pas, ça ne s’accorde pas et le paradoxe c’est ce qu’ils ne vont pas se quitter, ils vont rester ensemble comme même avec l’espoir que ça s’accorde et à l’âge que j’ai, j’ai jamais vu un couac se transformer en Mozart.
Donc, il faudra avoir le courage et l’honnêteté de sentir que même si l’amour que nous avons, même si l’amour qu’il y a chez l’autre est formidable mais s’il ne s’accorde pas, il faudrait quand même accepter de renoncer à la relation mais ça c’est encore une autre interrogation.
