
Il y a 150 ans la durée moyenne de, de vie d’un couple était autour de 14 ans. Aujourd’hui la durée moyenne de vie d’un couple, la durée potentielle de vie d’un couple ça peut être 60 ans. Je rencontre cette blonde à 22 ans et notre durée de vie est autour de 82, 84 ans, nous avons 62 ans, 64 ans à vivre ensemble. Il va donc falloir, je le répète au-delà des sentiments, que nous apprenions à nourrir, alimenter, vivifier notre relation, mais il peut se trouver aussi que, eh bien, soit mes sentiments ont changé soit les sentiments de l’autre ont changé soit mon évolution… nos courbes de vie ne sont pas restées parallèle, se sont légèrement incurvées et 15/20 ans après on est à des années-lumière l’un de l’autre et… l’un ou l’autre éprouve le sentiment, eh bien, de se séparer. Là c’est très important, il est possible de se séparer sans se détruire, il est possible de se séparer sans faire à l’autre, sans faire la guerre à l’autre. Il est possible de dire aux enfants « Ce n’est pas votre mère, ce n’est pas votre père que je quitte mais c’est ma femme, c’est mon mari que je quitte ». Je voudrais rappeler que le divorce c’est la rupture du lien conjugal, pas du lien parental, que dans un couple où il y a des enfants il ne faudrait pas confondre la relation conjugale et la relation parentale. Cette femme que je quitte ou cette femme qui me quitte, je la vois toujours comme la mère de… des enfants que j’ai eu avec elle et je vais nourrir, je vais entretenir la relation parentale.
Un des drames aujourd’hui du divorce c’est que très souvent les enfants deviennent l’enjeu. Ce dont souffrent les enfants, et ça il faut le dire clairement, ce n’est pas du divorce des parents c’est le fait qu’après le divorce, le conflit conjugal continue entre cet homme et cette femme et les enfants vont devenir les otages de ce conflit. On va faire la guerre à travers la pension alimentaire, à travers les mesquineries autour de… des horaires de garde, les week-ends, les jours de vacances. L’un s’est organisé pour prendre ses vacances et… après un accord provisoire avec le père pour le laisser chez le père et 15 jours avant le père va dire : « Non, je ne peux pas les prendre » et va complètement saboter toute l’organisation de l’autre. Je dis le père, ça peut être aussi la mère… Donc quand les enfants deviennent les enjeux du conflit qui va perdurer pendant des années et qui vont se transformer en véritable escroquerie, en véritable violence parentale, donc… il existe des divorces réussis et… on a fait des enquêtes pour vous montrer que dans un divorce réussi les enfants se développent très harmonieusement et s’épanouissent beaucoup car ils ne sont pas l’enjeu du conflit qui subsiste, qui perdure entre l’homme et la femme.
Et puis il va y avoir le problème des couples reconstitués quand l’un et l’autre ou l’un ou l’autre vont recréer une relation et ça, ça va être un des enjeux difficiles parce que si je rencontre, par exemple je suis un homme divorcé, je rencontre une nouvelle partenaire, elle a des enfants, moi je peux nommer la relation que j’ai avec elle, relation amoureuse, relation de couple mais ses enfants peuvent nommer la relation qu’ils ont avec elle, relation filiale, relation maternelle mais ils ne peuvent pas nommer comme moi je ne peux pas nommer la relation que j’ai avec eux. Donc, c’est une relation innommable, c’est une relation qui est à inventer. Dans les contes de fées on dit « le parâtre », on dit « la marâtre ». Et ce qui fait la difficulté des… couples recomposés c’est souvent la présence des enfants. La présence des enfants, ça veut dire que je ne suis pas le père, je ne suis pas la mère, je ne suis pas le papa, la maman de cet enfant qui est dans le nouveau couple que j’ai constitué avec leur mère. C’est une relation imposée, moi je n’ai pas choisi de vivre avec eux, mon choix se portait sur la mère, sur la femme que j’aime, donc ça c’est une relation choisie. La relation que j’ai avec les enfants de cette femme, c’est une relation qui m’a été imposée. Le fait, par exemple, que si… c’est notre partenaire qui a la garde des enfants pendant les week-ends ou les vacances où ils viendront chez nous, chez moi dans le… sur le nouveau territoire que je… j’ai constitué avec la femme que j’aime… j’ai l’impression qu’ils prennent toute la place, que je n’ai plus de femme d’un seul coup. Il va y avoir une relation de concurrence affective. Il va falloir que j’apprenne à mettre des mots, à gérer tout cela et à découvrir, oui, que si ma nouvelle femme ne voit que ses enfants que deux week-ends par mois ou 15 jours pendant les vacances, c’est vrai quand elle voit ses enfants c’est à eux qu’elle va donner la priorité et c’est à moi de trouver la bonne distance, de me mettre en retrait, de ne pas m’imposer comme partenaire conjugal parce que je sens combien c’est important pour elle de vivre sa relation de mère, de vivre sa relation de maman avec ses enfants si elle les voit que deux week-ends par mois ou quelques jours, aux grandes vacances ou à Pâques etc., de trouver la bonne distance, de trouver les moyens, voyez-vous, de ne pas m’imposer, d’être peut-être le spectateur respectueux, vigilant de cette relation qu’elle a besoin de privilégier. Il va y avoir tout un réapprentissage de trouver la bonne distance. Bien sûr ses enfants sont sur mon territoire et peut-être que c’est à moi aussi de rappeler les lois qui sont importantes sur mon territoire, par exemple, qu’on ne regarde pas la télé jusqu’à minuit ou qu’on ne met pas la chaîne de fidélité à fond même si chez ses parents d’origine ses enfants mettent la chaîne à fond. Il va y avoir des règles, il va y avoir des ajustements, il va y avoir des cohérences à retrouver, à respecter et à définir, définir les relations nouvelles que constitue un couple recomposé.
L’aventure du couple recomposé aujourd’hui est une… est une… équivalent à une course d’obstacles parce qu’il n’y a pas simplement la relation que j’ai avec ma nouvelle partenaire. Il va y avoir la relation que je peux avoir avec ses enfants si elle en a, la relation qu’elle aura avec mes propres enfants, si jamais, suivant qu’ils vivent avec moi, suivant qu’ils viennent pour des week-ends ou pour des vacances. Il va y avoir des ajustements.
Et donc tout ce que j’ai dit dans cette série concernant le couple sera d’autant plus valable pour les couples recomposés avec peut-être encore plus de vigilance sur la façon dont l’un et l’autre va apprendre à respecter, à nourrir, à vivifier la relation. Je rappelle que la relation c’est un canal qui doit être alimenté par chacun des deux protagonistes… par des messages positives, par des messages de bienveillance, par des messages d’écoute, par les quatre ancrages qui sont au cœur même de toute relation : apprendre à demander, à donner, à recevoir, à refuser, mais en réciprocité qu’elle aussi en fasse et la liberté de demander, de donner, de recevoir ou de refuser. Donc nous voyons qu’au-delà des sentiments, au-delà des engagements, au-delà des projets de vie, l’importance de nourrir la relation, et je le termine là-dessus, ce n’est pas l’amour qui maintienne deux êtres ensemble dans la durée, c’est la qualité de la relation qu’ils vont pouvoir se proposer l’un à l’autre dans une réciprocité possible.
