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psy: toute puissance et culpabilité

Martine Teillac : Le sentiment de toute puissance c’est le sentiment que nous avons éprouvé, que nous avons tous éprouvé quand nous étions petits et que nous dépendions totalement, essentiellement de notre mère. Et nous avons remarqué qu’au départ, eh bien, mon corps et celui de ma mère, c’est le même et puis de fait lorsque je crie, lorsque je pleure, j’ai la satisfaction de mes besoins, j’ai les soulagements de mes tensions qui me sont accordés. Donc, il suffit que je veuille pour que cela soit, n’est-ce pas, seulement le problème c’est que plus on va s’individualiser, plus la toute puissance que nous avons de fait tous au départ mais qui est une toute puissance hallucinée parce qu’au fond ce que nous n’avions reçu, n’était que ce dont nous avions besoin pour pouvoir survivre mais ça on n’en a pas vraiment le souvenir.
Donc, ce qui va arriver, plus il va y avoir une distance entre l’autre et moi, c’est mon dieu il faut que je continue à obtenir de ce qui m’environne ce que j’ai obtenu jusqu’à présent et me donner tant de plaisir, tant de contentement, tant de détente. Et il va y avoir une phase qui va être rudement intéressante pour pouvoir se donner l’illusion que l’on conserve cette toute-puissance, c’est la période pendant laquelle nous faisons l’apprentissage de la propreté, c’est la période… c’est le stade anal et l’enfant là réalise que lorsqu’il donne satisfaction à ses parents, il a le pouvoir de pouvoir faire naître un sourire, les rendre heureux, les mettre contents et puis il s’aperçoit que lorsqu’il contrôle ses sphincters d’une façon telle qu’il n’y a pas satisfaction et qu’il refuse de donner satisfaction à ses parents et à ce moment-là il voit l’impact que cette décision qu’il prend a sur l’humeur de ses parents et à ce moment-là il en tire, ma foi il faut bien le reconnaître, un plaisir sadique. Donc, le stade anal, c’est un stade dans lequel se développe en même temps une certaine agressivité.
Bon, tout là étant il y a quelque chose qui risque pour beaucoup d’entre nous de rester fixer à ce niveau de développement psychique parce que reconnaissons-le c’est un moment bien agréable et on aime faire durer, faire perdurer ce qui est agréable. Pour faire perdurer ce sentiment de contrôle et de toute-puissance, il n’y a qu’une façon de le faire, c’est de l’halluciner, c'est-à-dire de continuer inconsciemment d’halluciner la toute-puissance que nous avons eu, de fait, lorsque nous étions petit nourrisson, que nous avons re-expérimenté au moment du stade sadique-anal et que nous désirons entretenir parce que ça nous donne sur l’environnement, un impact, un contrôle qui est ma foi, on se sent vivre.
Seulement le problème c’est que lorsqu’on est dans ce registre de la toute-puissance et du contrôle, eh bien, on en a la contre partie et la contre partie c’est que lorsque les choses ne se passent pas comme nous le souhaiterions, il y a non seulement une amère désillusion mais une culpabilité, c'est-à-dire qu plus on va être dans la toute-puissance, plus on va être dans le contrôle, plus on va avoir ce qui est derrière le revers… l’envers de la médaille, à savoir sa contrepartie, plus j’ai de contrôle, plus j’ai de puissance, eh bien, plus j’ai de responsabilité et plus j’ai de culpabilité. Donc, ça se retourne contre nous, les personnes qui contrôlent tout, les mères qui sont intrusives, qui veulent tout savoir de leurs enfants, qui veulent tout régler pour eux parce que autrement le pauvre petit qui a maintenant 30 ans ne s’en tira pas, eh bien, il arrive quelque chose qui ne correspond pas à ce qu’elle avait souhaité, voulu pour lui, c’est pas lui qui va être coupable, c’est elle et elle le sait, alors qu’elle a fait une erreur, elle n’a pas tenu compte du fait que son grand garçon disposait à être son libre arbitre.
Et en fin de compte ce qu’il y a de terrible dans la toute-puissance et dans le désir de contrôler l’autre, c’est qu’on lui enlève la capacité de développer discernement libre arbitre, on l’empêche d’être un sujet à part entière et autre risque, on devient la personne qui se sacrifie pour l’autre. Et lorsqu’il arrive un problème grave, par exemple une chose qui est monstrueuse et qui est vraiment la pire chose qui puisse arriver à des parents, imaginons la mort subite du nourrisson, eh bien, à ce moment-là lorsque l’on est dans cette illusion, cette hallucination que ce qui nous arrive nous en sommes à 100 % les maîtres, eh bien, imaginez quel drame cela devient pour les parents qui vont à ce moment-là avoir tendance à refaire l’histoire et en disant si j’avais fait ça, si nous avions fait ceci, si… et tous ces si que nous faisons, que nous disons, ce sont, somme toute, autant de façon d’être dans le dénie d’une réalité que nous ne voulons pas voir et la réalité elle est celle-ci et elle est d’un côté terrible mais de l’autre fondamentalement libératrice, c’est que nous ne contrôlons pas tout et que ce qui est vraiment spécifique au processus même de la vie c’est que celui-ci se déroule dans le registre de l’aléatoire.

Trixie de Geffrier : L’incertitude.

Martine Teillac : Et de l’incertitude, voilà et ça une fois qu’on a compris ça, c’est fou que la culpabilité devient quelque chose de raisonnable si je puis dire.
 

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