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psy: les 2 sortes de culpabilité de Freud

Martine Teillac : Il a fallu attendre quand même Freud pour que l’on fasse le distinguo entre deux sortes de culpabilité. Il y a une culpabilité saine et une culpabilité d’ailleurs que je propose à tout un chacun d’éprouver lorsque nous faisons quelque chose qui relève de la faute et qui porte tort ou souffrance à autrui , il est normal dans ce cas-là que nous éprouvions un sentiment de culpabilité. Mais il y a une autre culpabilité et celle-ci, elle est beaucoup plus problématique, beaucoup plus handicapante et elle constitue un frein à être réellement, c’est la culpabilité morbide. Cette culpabilité morbide, elle est la culpabilité que l’on peut ressentir lorsque en ayant rien fait de mal ou de répréhensible, lorsqu’on a pas violé la loi, lorsqu’on n’a pas fait du mal à son voisin, lorsqu’on a pas torturé psychologiquement son mari ou son époux, eh bien, on éprouve quand même fondamentalement une culpabilité que l’on ne peut poser sur aucun acte et qui est quelque chose qui nous ronge profondément parce que qui dit culpabilité dit faute, qui dit faute dit dette. La dette c’est ce que l’on doit payer en réparation de la faute que l’on a faite, seulement le problème c’est que comme on ne sait pas sur qui porte la faute que l’on ressent avoir faite, eh bien, on ne sait pas à qui payer la dette. Donc, il n’y a pas de réparation possible, il n’y a pas non plus de sanction possible. Donc, qu’est-ce qui va se passer ? Très souvent ces personnes vont retourner la sanction contre elles-mêmes afin de pouvoir malgré tout payer leurs dettes et vont être ces personnalités très dépressives que vous pouvez rencontrer, que vous pouvez croiser. A minima, c’est peut-être ces personnalités très obsessionnelles, très perfectionnistes qui se rendent la vie impossible à travers des rituels, à travers une exigence qu’elles ne peuvent jamais satisfaire.

Trixie de Geffrier : Vous avez des exemples un petit peu ?

Martine Teillac : Alors, l’exemple type de la personne qui est dans la culpabilité morbide, c’est l’exemple de la personne qui se sent coupable de tout et vous devez sûrement connaître dans votre environnement une amie, un ami voire même un conjoint ou un enfant qui lorsqu’il arrive quelque chose qui est douloureux, désagréable dans l’environnement se sent profondément coupable et souvent ça peut être pour une origine tout à fait indépendante de lui. Par exemple, ça peut être celui des deux jumeaux qui sort vivant de la matrice maternelle et qui porte en lui une culpabilité dont il ne connaît pas l’origine et qu’il va traîner toute sa vie jusqu’à qu’il fasse une analyse et qu’il découvre que bon, ben, il n’est coupable de rien, voilà, mais il aura eu le temps de faire une dépression, il aura eu le temps d’être extrêmement malheureux et il aura eu le temps de rendre aussi malheureux son environnement.
Donc, vous voyez,  ça peut-être quelque chose de complètement étranger qu’on ignore soi-même mais qui est posé là au fond de nous. Et puis très souvent, et c’est d’ailleurs le problème de la culpabilité morbide, c’est qu’elle repose sur rien. Alors, quand elle ne repose sur rien c’est qu’il y a quelque chose qui est de l’ordre du conflit interne, qui est tellement fort entre le Moi et un Surmoi excessivement tyrannique qu’il n’y a plus de dialogue possible entre ces deux instances et que ma foi le dialogue étant coupé, l’être qui ploie sous le poids du Surmoi se sent en permanence coupable et coupable il ne saura jamais quoi, peut-être coupable d’être vivant, peut-être coupable de ne pas être parfait, peut-être coupable de n’être pas aussi bien qu’il devrait l’être, peut-être coupable parce que tout simplement, ben c’est un être humain. Et ça il y a… et ça c’est… il en restera toujours quelque chose, je pense dans l’être humain, il y a dans l’être humain quelque chose, un noyau irréductible qui fait qu’il y aura sans cause apparente de temps en temps en période de fragilité, en période de remise en question… etc., il y aura quelque chose au fond de nous qui dira « Tu es coupable et tu ne peux pas payer ta dette, tu ne peux pas réparer » et c’est bien l’absence de réparation qui va faire que cette culpabilité-là, eh bien, elle va être morbide parce qu’elle va scléroser, se transformer psychiquement en statue de sel la personne qu’il éprouve et la personne qu’il éprouve sera dans un infini sentiment d’impuissance et ce sentiment d’impuissance, c’est quelque chose qui est profondément angoissante.
 

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