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psy: d'où vient le sentiment de culpabilité

Ce sentiment de culpabilité que nous pouvons éprouver, eh bien, c’est un sentiment qui a, de fait, toujours existé car vous le savez sans doute aussi bien que moi, dans les sociétés archaïques, sociétés qui elles sont caractérisées par le collectif, l’individu n’existe pas. Eh bien, dans ces sociétés archaïques, il était d’usage lorsque la population avait le sentiment d’avoir contrarié les dieux, donc on contrarie lorsque l’on commet vis-à-vis d’eux ce qui est du registre de la faute, eh bien, lorsqu’il avait ce sentiment d’avoir contrarié les dieux et de recevoir en contrepartie une colère, donc une punition, car la colère des dieux est bien la punition que ceci pourrait donner à des actions que la collectivité humaine aurait (leurre) de leur déplaire. Bon, eh bien, dans ces sociétés archaïques, pour se faire pardonner, donc pour éviter le courroux, il était d’usage de sacrifier des animaux, voire même comme chez les maya et les aztèques de sacrifier des jeunes gens et des jeunes filles vierges. Donc, même si à cette époque on ne parle pas de culpabilité, il y a quand même déjà quelque chose qui va nourrir… qui va alimenter ce sentiment de culpabilité qui va se développer avec l’individualisme qui est la faute.
Alors lorsqu’on arrive au moment de l’antiquité, au moment de l’antiquité nous avons le philosophe phare dont nous pouvons lire les œuvres qui sont la retranscription des discours de Socrate, c'est-à-dire Platon. Et Platon, lui non plus ne parle pas de culpabilité mais il parle de bonheur et de paix de l’âme et comment acquérir ce bonheur et cette paix de l’âme ? Eh bien, en devenant maître de nos passions et en devenant maître de nos passions, nous apprenons tout simplement à faire connaissance avec ce qui est du registre du bien et ce qui est du registre du mal. La vertu, l’homme vertueux sera l’homme qui bien évidemment choisira de poser les gestes justes et bons. A partir du moment où il pose les gestes justes et bons, l’homme à ce moment-là a accès à ce bonheur, à la… auquel on accède, bonheur qui selon Platon ne peut absolument pas être d’ordre matériel et ne peut absolument pas se trouver dans le confort.
Alors cette conception platonicienne, elle va durer très longtemps jusqu’à ce que nous trouvions sur notre chemin de la réflexion à propos de la culpabilité Saint Augustin. Et Saint Augustin, il va raisonner et envisager le problème de la faute autrement, pour deux raisons, d’une part parce qu’il est prêtre, d’autre part parce que nous sommes à ce moment-là dans une société qui est fondamentalement individualiste et c’est probablement ce lien avec l’individualisme qui va permettre de faire éclore cette notion que nous connaissons tous, ce sentiment que nous éprouvons qui est celui de la culpabilité. Que nous dit Saint Augustin ? Eh bien, il nous dit que, il faut d’abord que j’évoque quelque chose de très important. A cette époque on pensait que les enfants qui n’étaient pas baptisés erraient pour l’éternité dans les limbes et les limbes, c’était perçu, fantasmé comme « un endroit » bien pire que l’enfer encore. Donc, il y avait un poids, une importance donné au baptême qui était énorme, d’où la raison pour laquelle subsiste dans les milieux de personne qui croit, la nécessité de faire baptiser les enfants le plus tôt possible, alors que la notion de limbe a disparu au début du vingtième siècle, donc vous voyez, c’est relativement récent.
Donc, pour en revenir à Saint Augustin. Saint Augustin, c’est un père de l’église, c’est un homme de foi et c’est un homme qui réfléchit sur la portée qu’a pour l’humanité et pour chaque être composant l’humanité, le poids du péché originel. Ce péché originel, eh bien, vous le savez, il vient de ce qu’Adam et Eve ont mangé de l’arbre de la connaissance et qu’il ont eu la prétention de vouloir devenir, en fin de compte, l’équivalent de Dieu. D’où à partir de cette pomme croquée, le sentiment profond chez les chrétiens que l’âme est désormais malade d’une maladie qui va être transmise de génération en génération et cette maladie de l’âme ne peut être guéri que parce que Dieu a envoyé son fils pour nous donner la rémission des péchés, ça nous l’entendons tous mais où Saint Augustin va faire preuve d’une exigence énorme, c’est qu’il va faire valoir, le fait que cette rémission du péché originel, eh bien, ne peut être possible que si la grâce nous est donné par Dieu. Or, cette notion de grâce, elle est très importante parce que ce que nous dit Saint Augustin c’est que et ça c’est tragique quand on l’entend et quand on est croyant à l’époque de Saint-Augustin, c’est que « cette grâce, eh bien, Dieu est libre de nous l’accorder ou non », c'est-à-dire que même si nous faisions effort d’être tout juste un homme bon et vertueux, même si nous faisons effort de nous tenir loin du mal, il n’est pas certain que nous puissions siéger à la droite de Dieu parce qu’il n’est pas certain que Dieu nous accorde sa grâce. Donc, vous voyez l’exigence et en même temps le désespoir que… peut faire peser une vision aussi radicale, du fait que la grâce c’est encore plus difficile à obtenir que le Loto de nos jours. Bon, c’est quand même quelque chose qui va peser et Dieu merci si je puis dire, Saint-Augustin va adoucir sa position, il va dire « Il y a peut-être plus de chance que Dieu nous accorde sa grâce et prenne vraiment en compte le sacrifice de son fils, si du côté du pécheur il y a la repentance, il y a ce repentir profond, cette détresse de l’âme qui prend conscience qu’elle a blessé l’amour divin. Donc, si l’on se repend, si l’on a une sorte de dépression de l’âme, parce que le repentir c’est cela, qui peut émouvoir la bonté de dieu, à ce moment-là Dieu peut nous accorder son pardon et peut nous permettre de nous laver, de nous redonner la santé de notre âme, de notre vie spirituelle.
Alors cette conception là va durer très longtemps, juste qu’à ce qu’arrive un philosophe très important qui est Kant. Kant qui au siècle des lumières dit « Mais c’est une folie que de penser, que la morale, que le sens du juste et de la loi soient extérieur à l’être humain ». La morale, la loi morale, elle est dans chaque être humain, donc chaque être humain porte en lui de quoi avoir une vie dans le registre de la vertu et la possibilité de pouvoir se tenir à l’abri du péché. Et puis, il dit également une chose très importante « c’est que cette loi que chacun porte en soi, tous les êtres humains portent la même loi », donc, cette loi morale elle est universelle et de surcroît comme elle est universelle et en chaque être humain, elle revêt un caractère d’obligatoire, on ne (soirait) se soustraire à elle, d’où il appelle cela l’impératif catégorique, c'est-à-dire que chaque être humain est responsable des actes qu’il pose et en conséquence les choix qu’il va faire ne dépendent que de lui. Donc, vous voyez là, il y a quand même une rupture énorme avec la conception de Saint Augustin. Mais il y a quelque chose qui reste toujours à savoir, nous sommes dans le registre de la possibilité ou non de pouvoir aller vers le péché, donc vers l’acte qui viole la loi morale ou bien suivre la voie qui permet de respecter cette loi.
Alors cet univers Kantien va bien évidemment marquer beaucoup le siècle des lumières et je vais passer sur Spinoza, je vais passer sur d’autres philosophes pour en venir à quelqu’un qui va radicalement être à l’opposé de cette notion de culpabilité que l’on peut éprouver, qui va être totalement opposé à cette conception très « religieuse » de Saint Augustin et que perpétue d’une certaine façon Kant par la référence à une loi morale,  c’est Nietzsche. C’est Nietzsche qui va nous dire « Attendez, n’écoutez pas tout ce qu’on vous a dit jusqu’à présent, l’être humain n’a pas à être asservi à un sentiment de culpabilité, laissez… », Dieu est mort avec Nietzsche et si Dieu est mort, eh bien, le péché et la culpabilité sont également morts. Chez Nietzsche, il y a cette notion que c’est dans l’organique que va naître quelque chose qui est de l’ordre de la volonté puissance et qui est bien au-delà du caractère un peu, comment dirai-je, d’une façon simple… riquiqui que nous donnait encore Kant à travers cette notion de loi morale qui revêt un caractère impératif et catégorique.
Alors, ça va continuer comme ça avec des oppositions, avec d’autres philosophes, tel Sören Kierkegaard, qui lui est un catholique, un chrétien fervent et croyant, qui lui va revenir à la notion de la grâce, va revenir à la notion de culpabilité et va adoucir celle-ci en faisant apparaître un Dieu plein de bonté et qui est dans le registre du pardon mais en fin de compte la philosophie ne va pas tellement évoluer. Il va valoir attendre quelque chose qui est de l’ordre du cataclysme, qui est de l’ordre de la monstruosité la plus totale, c'est-à-dire la guerre, la Seconde Guerre mondiale avec ces génocides, avec ces camps, avec ces monstruosités commises, avec ces exterminations impossibles à concevoir même qui va d’une certaine façon réveiller les philosophes en faisant prendre conscience que d’une certaine façon nous étions sortis de l’humanité car ce qui avait été fait en ces temps là sortait effectivement de ce que l’on pouvait considérer être de l’ordre de l’humain.
La première voix qui va s’élever, c’est celle de Jankélévitch. Vladimir Jankélévitch, philosophe français qui était un éminent professeur de psycho à la Sorbonne lorsque j’étais jeune et qui… de philo, pardon, lorsque j’étais jeune et qui pose le problème du pardon et le problème du pardon, il était posé déjà chez Saint Augustin, le pardon il est donné que par le repentir et par la grâce que Dieu nous donne. Eh bien, pour Jankélévitch, c’est simple en deux mots, ce n’est même pas pardonnable, c'est-à-dire qu’il n’y a même pas de pardon à espérer parce qu’on est au-delà du péché, on est… le péché est humain, l’offense elle est au-delà de l’humanité, elle est impardonnable et c’est bien parce qu’elle est impardonnable que la question du pardon ne se pose pas, ça c’est, si je puis dire, l’action de départ de Jankélévitch mais Dieu merci il évolue et sa pensée se nuance, il se dit, en fin de compte « Le problème du pardon, effectivement je peux le regarder autrement car s’il y avait qu’une faute, la faute est excusable, elle n’aurait donc pas besoin de pardon », et là il est merveilleusement logique. A partir du moment où on est devant quelque chose qui est inexcusable et impardonnable, eh bien, c’est justement là que le pardon est nécessaire, seulement comment le donner ce pardon ? Eh bien, ce pardon il faut qu’il soit demandé et est-ce qu’il est suffisant qu’il soit demandé ? « Non » dit Jankélévitch, « il faut qu’il y ait de la part de la personne qui a été offensé un mouvement d’amour vers l’offenseur et c’est que par le biais de l’amour que le pardon est possible » et là Jankélévitch, je dois le reconnaître, est parfait.
Vient ensuite, un autre philosophe qui est aussi très important, c’est Emmanuel Levinas. Emmanuel Levinas, lui est de religion juive, tout comme d’ailleurs l’était Jankélévitch et il aimait une idée qui est très importante car elle va être prise au niveau international par les plus grandes institutions. Il dit « Attention, ce que nous faisons, même si c’est l’autre qui le fait nous en sommes responsables », il dit une chose très importante « Ce qui a été commis comme atrocité pendant la Seconde Guerre mondiale, ce n’est pas parce que c’est moi qui ne l’ai pas commis que je n’en suis pas responsable ». C’est le premier philosophe qui clairement fait le lien entre le mal, l’atrocité, l’inhumain, la responsabilité et la culpabilité, je suis autant coupable que l’autre du mal qu’il a fait et ça c’est la… réintroduit quelque chose qui relève de l’humain dans quelque chose qui était complètement déshumanisé, c'est-à-dire que désormais tout mal, toute offense, toute douleur, toute souffrance qui est faite à quelqu’un ou à une collectivité ou à une communauté, ou à un pays, j’en suis tout autant responsable que celui qui a commis ces forfaits. Donc, vous voyez à la culpabilité s’ajoute le corollaire qui va de soi, qui est la responsabilité et la responsabilité étendue à tous. Donc, l’offense, la souffrance occasionnée, je ne peux pas tourner la tête sous prétexte que je ne l’ai pas faite moi-même et je ne peux pas prétendre en être dissocier parce que j’appartiens tout comme celui qui a commis cette chose épouvantable à l’humanité.
Donc, à travers cette réflexion d’Emmanuel Levinas, il va y avoir une remise en question d’une certaine morale dans le monde politique lui-même. Vladimir Jankélévitch, lui va être à l’origine du devoir de repentance, c'est-à-dire, nous sommes tous dans le registre de devoir nous repentir au sens laïque, des choses que nous avons faites et que les autres ont fait mais lui Emmanuel Levinas ajoute quelque chose de beaucoup plus fort « Non seulement je suis aussi coupable que l’autre mais de surcroît j’assume des responsabilités que je n’ai pas choisi mais qui me sont imposées de part les actions terribles que les autres ont fait ». Donc, ce n’est pas par hasard que des institutions ont mis en œuvre le droit d’un gérance, un certain code moral de la guerre et les Casques bleus, vous voyez toutes ces choses qui autorisent les Nations Unies à intervenir là où quelque chose se passe qui est du registre de l’inhumain. Le soucis, c’est que ce devoir d’un gérance, ne soyons pas naïf, ne répond pas toujours à une obligation morale, elle répond, hélas, bien souvent à des impératifs économiques qui sont de l’ordre de l’intérêt.
 

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