
On dit beaucoup aujourd’hui que les enfants sont devenus des enfants rois. Cette formule est très toxique pour les enfants, très dévastatrice parce que, en fait, pendant les trois premières années, l’enfant doit être le roi. Il doit l’être parce que c’est un être totalement dépendant, un être de besoin et vous devez répondre à tous ses besoins pour qu’il puisse bien se développer avec ce que nous appelons sa base affective de sécurité.
Pendant les trois premières années, un enfant est le roi et se développe avec confiance, avec enthousiasme, avec bonheur et il apprend à parler. Et puis à ce moment-là quand il va entrer à la maternelle, nous on dit que c’est une première adolescence, le cap des 3 ans, il va comprendre qu’il n’est que le prince. « Le roi c’est papa et la reine c’est maman et moi il faudra que j’attende l’adolescence pour me marier, rencontrer ma princesse et devenir à mon tour le roi de mon unité ».
Par contre, si l’enfant n’a pas été le roi pendant ces trois premières années parce que vous n’avez pas le temps, vous êtes très pressé, c’est vrai, c’est dure la vie aujourd’hui, vous n’êtes pas assez disponible, vous le rabrouez et vous êtes fatigué, surmené, alors, vite vite, c’est les mots qu’ils entendent le plus souvent. Alors après il deviendra un tyran parce qu’il voudra toujours récupérer ce qu’il n’a pas eu. Le tyran, c’est celui qui est uniquement dans ses désirs « Je voudrais ma quarante-neuvième carte de Pokémon et il faut traverser tout Paris pour aller me le dénicher. » Alors, si ça vous amuse, si ça vous plaît, si vous-même vous collectionnez les cartes de Pokémon vous pouvez le faire mais si ça vous ennuie, si vous êtes fatigué et si vous avez des choses plus importantes, là nous ne sommes pas dans l’ordre du besoin, nous sommes dans l’ordre du désir et vous devez savoir dire : « Je comprends que t’en ai envie. Elle est superbe ta collection mais moi je suis trop fatigué, je peux pas aller la chercher. Je suis désolé, excuse-moi. » Il se roule par terre, c’est son problème, « T’as le droit de rouler par terre mais je ne le fais pas. » Voilà, là nous sommes après 3 ans dans l’ordre du désir et pas du besoin.
Je ne suis pas de l’avis de ceux qui croient qu’il faut habituer le tout-petit à être frustré pour qu’il soit raisonnable après, c’est le contraire. L’enfant que vous avez bien accompagné pendant ces trois premières années, sera habitué à avoir engrangé vos valeurs et à savoir que ça on le fait et ça on ne le fait pas et finalement il sera beaucoup moins pénible après. Celui que vous avez rabroué pour un oui, pour un non de façon absurde par rapport à son propre appétit de découverte, celui-là il va avoir retenu qu’une chose, c’est qu’il faut hurler pour essayer d’avoir et celui-là deviendra extrêmement pénible. Donc, c’est pendant les trois premières années en accompagnant bien votre enfant que vous allez pouvoir l’épanouir pour qu’il soit très facile après. Je dis souvent aux parents « Les trois premières années c’est un véritable investissement pour la suite ! »
