
Je crois que je suis un militant de la douceur. Et quand je dis ça, je pèse mes mots parce que le monde d’aujourd’hui ne ressemble pas du tout à ça. Le monde d’aujourd’hui il est cruel, cynique, il est… intéressé, il est violent, guerrier, conquérant mais il n’est pas doux, à proprement parler.
Mais qu’est-ce qui amène la douceur dans ce monde-là ? C’est ce que j’appellerais « l’humanité », et l’humanité pas en tant que peuple, en tant que façon d’être. L’humanité c’est le regard qu’on porte sur les souffrances des autres. C’est la façon dont on appréhende les solutions qui pourraient exister aux problèmes que pose aujourd’hui l’existence, le monde du travail, les échanges internationaux, le terrorisme, la justice, l’injustice, la pauvreté, la drogue. Tous ces problèmes-là, en fait, c’est quoi ? C’est aussi une réponse violente à notre nature profonde qui est quand même encore d’être dans une jungle à essayer de survivre.
Donc, l’humanité c’est peut-être justement une façon de dépasser tout ça. Et je pense que le monde a aussi, en dehors de ses laideurs, des beautés qu’il faut mettre en exergue et des combats qu’il faut mener pour arriver à dominer notre côté violent, notre côté cruel, notre côté cynique. Et j’ai toujours essayé d’amener une part de douceur sur la violence du monde. Et effectivement on peut comparer ça, on peut confondre ça avec une façon de ne pas voir la violence ce qui est exactement l’inverse. C’est-à-dire que pour être un doux dans ce monde de brutes, eh ben, il faut beaucoup de courage et beaucoup de force.
Et c’est pour ça que… l’album que j’ai écrit s’appelle « (Fr)agiles » parce qu’en mettant « fr » entre parenthèse, on a « agiles ». Et que j’ai le sentiment que… si on assume sa fragilité avec une certaine habileté, avec un certain savoir-faire, on peut être moins vulnérable tout en restant aussi, sensible. L’enjeu ce n’est pas de se cuirasser, de se caparaçonner derrière des murs d’enceinte infranchissables. Ce n’est pas de mettre des firewall, des codes, pin, des chiffrages… de crypter notre vie pour surtout que personne ne puisse y rentrer. C’est peut-être de pouvoir sortir de nous-mêmes pour aller à la rencontre des autres et de découvrir un monde plus vaste, un horizon plus clair, une vie plus agréable. Donc, ne pas forcément s’enfermer dans la sécurité parce que ça ne nous rend pas moins fragile pour autant. Ça nous rend simplement plus isolé et moins accessible, moins tolérant.
Donc, après cette minute sérieuse, je crois que simplement j’ai envie de m’amuser dans la vie. J’ai envie de sourire, j’ai envie d’être heureux et je ne pense pas que ça puisse porter préjudice aux malheurs du monde. Je pense au contraire que plus on est comme ça, plus on est apte à accueillir ce que les autres ont à nous apporter ou ce qu’on a à porter aux autres.
