
Il y a beaucoup de personnes qui pensent encore que l’argent les rendra heureux, ce n’est pas le cas. Et quand je le dis ce n’est pas un a priori philosophique, c’est que les psychologues ont étudié les gens qui recevaient un héritage, qui gagnaient à la loterie, par exemple, même des grosses sommes et le constat est assez clair c’est qu’au début il y a une grande joie d’avoir gagner mais environ un an après, les personnes sont revenues à leur état initial de bonheur, voire ce bonheur diminue. On étudie aussi les gens qui ont de grands revenus, on se rend compte qu’ils ne sont pas plus heureux… ils ne s’estiment pas plus heureux. Donc, l’argent, ça ne rend pas forcément plus heureux. La beauté, on sait que ça ne rend pas plus heureux, de nouveau des études nous le montrent. La santé paradoxalement ne rend pas vraiment plus heureux, à moins bien sûr d’avoir des douleurs chroniques, mais même une personne qui a un accident, qui perd l’usage de ses jambes, par exemple, peut se retrouver quelques années après, après avoir surmonté le choc, comme étant tout aussi heureux qu’auparavant.
Donc, on va se poser la question : Qu’est-ce qui rend effectivement plus heureux les gens ? Et une des grandes choses qui apparaissent c’est les relations humaines, donc la qualité des relations qu’on a avec les autres. Donc, pour revenir au petit cahier d’exercice, alors c’est un ensemble de pratiques, d’exercices qu’on va être amené à faire pour augmenter son bonheur et quand je dis « augmenter son bonheur » c’est bien preuve à l’appui. Là, on est vraiment sur des études qui ont été faites à large échelle et qui montrent que si on fait régulièrement l’exercice, alors on se sent effectivement plus heureux.
Quels sont ces exercices ? Alors il y a, par exemple, un exercice de ce qu’on appelle « pensée positive ». Alors il ne s’agit pas de nier la réalité alors qu’on va très mal et puis dire que je vais bien, je vais bien, ce n’est pas ça la pensée positive. La pensée positive serait de, par exemple, relativiser ses points de vue. Quelque chose arrive, j’aurais tout de suite tendance à dire : « Ah ! C’est un scandale, c’est une honte, les gens sont corrompus ». Mais y a-t-il une autre façon de voir les choses ? Si là plutôt que d’utiliser ces mots, j’en utilise d’autres en disant « Oui, peut-être que la personne a fait de son mieux, même si ce n’est pas le résultat escompté », ça m’amène à voir les choses différemment.
Alors l’avantage de tout ça, on sait que les optimistes vivent plus longtemps et sont moins souvent malades que les personnes qui sont plus critiques et cyniques et il se trouve que dans une étude que j’ai lu, une des explications c’est une hypothèse encore qui expliquerait que les Français ont un niveau de bonheur inférieur au Scandinaves, c’est que les Français sont plus critiques, ils ont plus facilement cette tendance à imaginer que les personnes qu’ils connaissent vont, au fait, leur nuire à savoir qu’il y a une sorte de méfiance envers l’administration, envers les autres personnes qui fait qu’on a l’impression qu’on va se faire tordre ou avoir et ça, ben, ça n’aide pas à se sentir heureux. Au contraire, quand on fait confiance aux gens on a tendance à être plus heureux. Donc, penser positivement ce sera un exercice, exprimer sa gratitude en est un autre.
Alors les vertus de la gratitude ne sont plus à démontrer, c’est un changement de regard de nouveau. Plutôt que de critiquer mon conjoint pour n’avoir pas fait la vaisselle ou sorti la poubelle… si je me dis toutes les choses que m’apporte cette personne dans ma vie et que je commence à la remercier… pour tout ça, ben, ça va changer la relation.
Alors, attention, il ne s’agit pas dans sa tête de penser : « Ah ! Comme je suis content d’être avec ma femme », il s’agit de lui dire… de prendre le temps, je dirais, peut-être une fois par semaine, pour commencer : « Ah ! Ma chérie, j’aimerais te dire que je suis content de vivre avec toi » et ça, ça fait terriblement de bien et ça amène progressivement à voir les bons côtés de la vie, à savoir plutôt que de considérer les choses comme des dus qui deviennent des habitudes, puis on se rend même plus compte de tous les privilèges qu’on a, on va à ce moment-là prendre conscience, en fait, de toute la chance que l’on a de pouvoir vivre la vie qu’on a.
Parmi les exercices, il y a aussi un exercice de pardon. Combien de fois on en veut à des personnes de nous avoir fait des choses qui nous ont amené des souffrances. Alors là, il y a l’analogie de, je crois que c’est le Bouddha qui avait sorti cette image mais il demandait ou il disait « Lorsqu’on veut jeter un charbon ardent sur quelqu’un, on commence par se brûler les mains ». Telle est la haine, du moment où j’entretiens de la haine vis-à-vis de quelqu’un c’est à moi que je fais du mal, ce n’est pas à l’autre. Du coup, apprendre à pardonner ou si le mot est un peu trop fort, à oublier, à effacer l’ardoise volontairement pour passer à autre chose, ça rend effectivement les gens plus heureux.
Une autre piste encore pour être plus heureux c’est celle du flux. Alors ça c’est une théorie qui a été développée et qui dit qu’à certains moments de notre vie on se sent particulièrement vivant. Alors quels sont les moments de notre vie où on se sent particulièrement vivant ? C’est les moments où on est engagé dans une action, où on est totalement concentré vers un but. L’alpiniste qui est en train de gravir une paroi qui est un peu difficile pour lui, le joueur d’échecs qui essaye de trouver la faille dans la position de son adversaire ou un jeune qui s’adonne aux jeux vidéos. L’importance est qu’à ce moment-là on oublie tous les soucis que l’on a parce qu’on est complètement impliqué dans l’action. C’est ce que l’on pourra appeler des moments de flux ou des moments d’expérience optimale. Le flux c’est quelque chose qui se trouve entre l’ennui et puis le stress ou l’anxiété. A savoir si je fais quelque chose où j’ai trop beaucoup de compétences et puis donc c’est trop facile pour moi, je m’ennuie. Si, au contraire, je fais quelque chose qui est trop compliqué pour moi où je n’ai pas assez de compétences, je suis stressé, je suis anxieux.
On pourrait le voir avec une analogie sportive. Si je joue un match de tennis contre un adversaire qui est beaucoup plus faible que moi, alors je m’ennuie. Si je joue la partie contre un adversaire qui est beaucoup trop fort pour moi, alors je n’ai pas de plaisir non plus parce que je n’arrive pas à marquer de points. Par contre, si je joue avec un adversaire qui est à ma taille voire juste un petit peu au-delà de mes compétences à moi, mon niveau à moi, alors la partie devient tout à fait intéressante et quand je joue, je suis concentré, je ne suis pas en train de me dire : « Ah ! Je dois aller encore faire des courses, comment je vais faire pour payer la facture à la fin du mois ».
Il se trouve que quand on laisse l’esprit tourner à vide, il va forcément aller du côté de l’anxiété. Ah ! Et ça je pense que c’est un reliquat de notre passé. Si on prend l’homme de Cro-Magnon, ben, on imagine bien qu’au début de sa conscience, ben, il a dû être terriblement effrayé… des maladies, de la mort, de tout ce qui pouvait lui arriver. Donc quand on laisse tourner l’esprit à vide on a plutôt de l’anxiété. Je crois que chacun a fait cette expérience : lorsqu’il se réveille au milieu de la nuit habituellement ce n’est pas des pensées de joie… on peut commencer à turbiner, les méninges commencent à fonctionner sur des aspects anxieux.
Donc, l’idée c’est utiliser notre énergie psychique à des fins constructives, donc dirigez-vous vers un but ce qu’on appelle expérience optimale et ce qui est intéressant c’est qu’on s’est rendu compte qu’on vit beaucoup plus d’expériences optimales durant le temps de travail que durant le temps de loisirs. C’est vrai si on a déjà un travail prenant, pendant les loisirs on va plutôt essayer de se relâcher. Du coup, on va zapper devant la télévision, du coup on va faire des choses pour se reposer mais on ne s’en sort pas forcément, on n’en sort pas forcément plus heureux. Ce qui fait qu’on devrait investir davantage d’énergie dans notre travail pour être encore plus heureux puisqu’on passe une grande partie de notre vie au travail et qu’on peut avoir beaucoup d’expériences optimales, d’expérience de flux durant nos activités professionnelles ou alors des loisirs mais alors il faut que ce soit un hobby.
