
Un enfant paresseux, ça n’existe pas et ça tous les professionnels autour de ces difficultés de l’enfant à l’école sont tous d’accord sur cette idée là, un enfant paresseux, c’est un enfant qui en fait se retrouve d’emblée face à ce sentiment qu’il n’y arrivera pas et qui effectivement va mettre en place un tas de stratégies pour fuir, pour éviter, c'est-à-dire qu’il vaut mieux de pas faire et garder l’illusion que si on faisait on y arriverait très bien et que les autres la gardent aussi cette illusion. Donc, toujours avec ces appréciations, de toute façon s’il s’y mettait il arriverait très bien, donc les illusions sont conservées. Donc, il vaut mieux ne pas faire et être dans cette situation là plutôt que de tenter de faire, de se retrouver confronter à ces propres limites, donc se sentir nul, en souffrir et se rendre compte qu’on arrive pas parce que c’est beaucoup plus douloureux. Donc, effectivement, un enfant que l’on dit paresseux ou un enfant à qui on va dire de toute façon, « il ne travaille que quand il a envie ». Il faudrait transformer la proposition et se dire un enfant il ne travaille pas que quand il a envie. Un enfant ne travaille que quand il sent qu’il peut. C'est-à-dire, ce n’est pas quand il veut il peut, ce n’est pas une question de volonté ou de ne pas vouloir, c’est quand il peut, c'est-à-dire que quand il a effectivement les moyens de réussir, alors à ce moment là il veut bien effectivement se confronter à un apprentissage qui sait qu’il a les moyens de réussir même si c’est difficile mais il sait que l’effort… que la réussite peut être au bout.
Et ce qui est très important avec la motivation c’est de comprendre que quand vous faites un effort et que vous réussissez après avoir accompli un effort, eh bien là il se passe quelque chose d’absolument formidable dans le cerveau. C’est que le cerveau va sécréter des endorphines, c'est-à-dire l’hormone du plaisir. Donc, le cerveau va être temporairement dans une espèce de bien-être et de jubilation intense et le cerveau, c’est quelque chose d’assez basique. Autant nous êtres humains, on est des êtres complexes mais le cerveau il fonctionne en binaire, en oui, non, ce qui me fait souffrir et ce qui me fait plaisir. Donc, le cerveau et donc, l’enfant quand il va être confronté de nouveau à une tache, s’il pense qu’il va pouvoir réussir, eh bien, le cerveau va lui dire, « allez vas-y parce que j’ai envie d’avoir une nouvelle dose d’endorphine». C'est-à-dire que le cerveau va réclamer une nouvelle fois d’avoir cet hormone du plaisir qui a été sécrétée grâce à la réussite qu’on a obtenu après un effort. Ce qui veut dire que finalement plus on réussit, plus on a envie de réussir et que pour avoir envie de réussir, pour être motiver pour la réussite, il faut d’abord réussir même une petite chose et que l’enjeu face à un enfant en échec scolaire c’est justement de pouvoir le confronter à des apprentissages qui va réussir et valoriser ces petits apprentissages, ces petits succès, en faire des grandes réussites personnelles pour là encore relancer la machine y compris au niveau du cerveau et relancer la production d’endorphines qui vont progressivement permettre d’avoir de plus en plus envie de réussir. D’autant plus que d’une certaine façon on peut presque devenir réussite addict. On peut devenir addict à la réussite puisque l’endorphine, c’est exactement la même substance, la même hormone qui est sécrétée dans des tas de problématiques pour le coup addictifs, c’est ça qu’on recherche, c’est cette hormone du plaisir.
Mais en même temps il y a aussi quelque chose de terrible, c’est qu’en symétrie de l’hormone du plaisir et de l’endorphine, il y a le cortisol, pas la cortisone, le cortisol qui est l’hormone du stress et l’hormone du stress a quelque chose de vraiment redoutable, c’est que c’est une hormone qui est beaucoup plus puissante que l’hormone du plaisir et l’endorphine, c'est-à-dire qu’une petite dose de cortisol va anéantir et recouvrir tout de suite le bénéfice de l’endorphine. Par exemple, la plupart des parents, la plupart des adultes ou trop souvent vous avez un enfant qui revient de l’école, à qui vous allez demander, « Ben, tiens, combien tu as eu à ton contrôle de physique, de maths, de français ? », peu importe et l’enfant va répondre qu’il a eu 12, vous allez y répondre « Ah ben écoute c’est bien », donc là dans cette première partie de la phrase effectivement l’enfant est content, il est fier parce qu’effectivement vous reconnaissez qu’il a quand même réussit ce contrôle et la plupart du temps on va rajouter « Mais c’est dommage parce que si tu avais travaillé un peu plus tu vois tu aurais pu avoir 14 ou 16 peu importe » et à ce moment-là au moment où on envoie la 2ème partie de la phrase, « le mais si tu avais travaillé tu aurais pu avoir un peu plus » à ce moment-là ça bascule dans le cerveau. C’est le cortisol qui prend le relais et tout le bénéfice du compliment est complètement anéanti.
Alors, je ne suis pas en train de dire bien évidemment qu’il ne faut pas pouvoir critiquer ou être en colère face à un enfant qui n’a pas suffisamment travaillé par exemple mais il faut toujours le faire dans deux moments distincts. C’est à dire il y a le moment où effectivement on encourage ou on valorise la réussite parce que même un enfant qui a eu 8 à un contrôle alors qu’habituellement il a 5, eh bien, c’est très important de manifester qu’on est tellement fier de lui qu’il ait réussit à avoir cette note là. Donc, avoir ces moments de valorisation et à un autre moment tout à fait distinct pouvoir avoir des critiques négatives parce qu’on est fâché, en colère envers un enfant qui effectivement n’a pas manifesté un grand enthousiasme face au effort, au travail nécessaire à faire ou on est en colère parce qu’effectivement il aurait pu être beaucoup plus attentif pour avoir une performance plus élevée mais cette histoire de motivation très liée à quelque chose de très neurophysiologique, il faut bien l’avoir en tête, c'est-à-dire que vraiment cette jubilation intense que l’on ressent quand on a réussit, on a tous envie de la ressentir et que c’est vraiment ça le moteur de la motivation.
