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mémoire sélective: pourquoi elle inquiète?

Une inquiétude qui est souvent exprimée par des personnes qui viennent me voir en consultation mémoire est celle de la mémoire sélective. Beaucoup de personnes me disent « Mais docteur, j’ai une maladie grave, j’ai la mémoire sélective », mais non, ce n’est pas une maladie grave, la mémoire est toujours sélective, pourquoi ? Parce que notre mémoire, elle nous sert à construire notre identité et forcément notre personnalité, ce que nous sommes, ce que nous faisons de la vie, ce que nous faisons de notre vie, eh bien, tout ceci intervient au niveau de la mémoire.
Je vais citer déjà un premier exemple, les mémoires professionnels. Bien évidemment, quand vous avez un métier, vous sélectionnez vos systèmes de mémorisation et vous sélectionnez des connaissances et des savoirs à apprendre. Un chauffeur de taxi a une mémoire visuo-spatiale extrêmement développé puisqu’il est capable de se repérer dans l’espace d’une ville et il est capable de connaître des noms de rue. Un médecin a lui aussi une mémoire extrêmement sélective dans le domaine de la médecine et de ses connaissances. Un musicien a également une capacité de concentration importante sur la musique, il a une capacité de rétention d’information musicale extrêmement importante. Donc, vous voyez, que chaque métier développe d’une certaine façon une mémoire sélective, nous devenons experts dans un domaine qui est issu de notre métier ou de nos plaisirs. Il est clair qu’un collectionneur de timbres a une connaissance dans le domaine de la philatélie qui est extrêmement important. Un acteur apprend très facilement des textes, c’est beaucoup plus difficile pour un serveur ou un garçon de restaurant qui eux en revanche sont extrêmement doués pour apprendre les menus qui ont été commandés ou la commande de… d’une dizaine de personnes à la terrasse d’un café ou d’un bar. Donc, il y a des mémoires sélectives en fonction de notre métier.
Et puis il y a aussi des différences en fonction du genre. Comme disait le général de Gaulle, « L’homme et la femme sont égaux mais ne sont pas pareils » et effectivement, il y a des petites différences au niveau de la mémoire qui peuvent sembler anecdotiques mais qui sont quand même intéressantes à souligner. Par exemple, on le sait, les hommes ont une très bonne mémoire topographique, ils se perdent beaucoup moins que les femmes parce qu’ils ont des régions du cerveau à droite qui sont beaucoup plus efficientes pour retenir les itinéraires que chez les femmes, c’est semble-t-il lier à la testostérone, le fait, qu’il y est ces hormones males chez les garçons, leurs permettent de mieux structurer cette mémoire des itinéraires et de l’espace. À l’inverse, les femmes ont des mémoires beaucoup plus développé dans le système de la généalogie. Les femmes, les mères et les grands-mères connaissent très bien la généalogie familiale beaucoup plus que les hommes. Les femmes ont aussi une bien meilleure mémoire de tous les évènements du couple, de tous les évènements de la famille et il y a une étude récente qui a été faite en Irlande, chez 3 000 Britanniques… enfin qui a été fait par un Irlandais, chez 3 000 Britanniques et qui a montré que 90 % des femmes se rappelaient, leur anniversaire de mariage contre seulement 55 % des hommes.
Donc, vous voyez, pour des raisons sans doute à la fois génétiques et puis culturelles, puisque l’homme et la femme n’ont pas les mêmes rôles dans la société, eh bien, il y a une sélectivité de la mémoire entre l’homme et la femme. Et puis, il y a aussi une sélectivité selon les générations, nous savons maintenant que grâce au Palm, au téléphone portable, les jeunes générations ont moins besoin d’apprendre parce qu’ils ont à leurs dispositions des téléphones ou des moyens de noter certains numéros de téléphone par exemple. Et on s’est rendu compte qu’avant 30 ans actuellement, c’est toujours cette étude réalisée chez des Britanniques par le Professeur Robertson, eh bien, on s’est rendu compte qu’avant 30 ans, environ seulement 40 % des personnes se rappelaient des anniversaires familiaux, alors qu’après 50 ans, c’était 87 % des personnes qui se rappelaient des anniversaires familiaux et un autre élément générationnel, ce que les jeunes générations connaissent 5-6 numéros de téléphone par cœur, alors que les personnes de plus de 50 ans en connaissent entre 20 et 25, parce que les personnes qui ont plus de 50 ans actuellement ont vécu une époque où on faisait un effort pour apprendre les numéros de téléphone, actuellement, les jeunes générations ne font plus cet effort parce qu’ils auront la possibilité de les noter sur leurs téléphones. Donc, pourquoi apprendre un numéro de téléphone quand je l’ai emmagasiné dans mon téléphone. C’est très bien, ça décharge la mémoire et bien évidemment, le jour où on perd son téléphone, on perd ses numéros de téléphone.
Alors, la mémoire est sélective et la mémoire aussi varie au fil des années. Notre mémoire subit les contrecoups du vieillissement, mais du vieillissement naturel. À partir de 30 ans à peu près, nous avons plus de difficultés attentionnelles, c’est plus difficile de se concentrer, notre système de mémoire de travail, de mémoire à court terme que j’évoquais tout à l’heure est moins performant, donc, il nous faut plus d’énergie pour mémoriser, nous avons donc, moins d’attention. Donc, c'est-à-dire que nous sommes plus sensibles aux interférences, s’il y a du bruit autour de nous, nous avons du mal à gérer simultanément plusieurs informations, donc, nous avons du mal à les apprendre.
Et enfin, dernier élément, avec l’âge nous sommes plus lents, il y a une vitesse plus lente du traitement des informations. Alors qu’avant par exemple nous pouvions analyser un texte très rapidement en 5, 10 minutes, là il faut une quinzaine de minutes, alors qu’avant il nous fallait, mettons, 2 ou 3 apprentissages pour retenir une poésie, comme nous sommes un petit peu lent à apprendre, eh bien, il nous faut peut-être 5, 6, 7 fois pour retenir cette poésie, mais on y arrive, on y arrive, seulement alors, que l’adolescent aura appris sa poésie en 2 fois, l’adulte plus âgé à partir de la cinquantaine aura besoin de 5 ou 6 répétitions pour apprendre.
Donc, il y a une fragilité au niveau de l’attention et de la concentration, au niveau de la mémoire de travail, au niveau de la vitesse de traitement des informations. On est plus sensible aux interférences, donc, c’est plus difficile de faire plusieurs choses simultanément, ce qui explique pourquoi on arrive dans une pièce et on ne sait plus du tout ce qu’on est venu chercher. C’est très simple, on était à la cuisine, on était en train de faire un plat… enfin de faire un… oui un plat et on a besoin d’un plat, cette fois-ci de l’ustensile, on va le chercher dans une pièce à côté, mais, le problème c’est qu’en même temps que l’on part chercher cette… ce plat, on pense à autre chose, on se demande « Est-ce que mes invités vont bien arriver à l’heure ? Est-ce que mon conjoint n’oubliera pas d’arriver après…enfin… n’oubliera pas d’acheter le pain ? Est-ce que les enfants vont terminer leurs devoirs ? » Ce qui fait que notre espace mentale sera envahie par toutes ces pensées, quand on arrive dans la pièce, on ne se souvient plus ce qu’on est venu chercher. On retourne à la cuisine et c’est là, bien sûr que le contexte nous dit, ben oui, c’était ça que je voulais chercher. Cela arrive très souvent, il ne faut pas s’en inquiéter, c’est tout à fait normal.
Autre situation anecdotique qui inquiète toujours, je ferme la porte à clé, j’arrive en bas de chez moi, je ne me souviens plus si je l’ai fait, je suis paniqué, je remonte, la porte était bien fermée à clé, qu’est-ce qui c’était passé ? Dans notre vie on a fermé peut-être 10 000 fois cette porte à clé, ce qui fait qu’au bout d’un certain moment cette porte est fermée de façon automatique. Donc, l’épisode de ma vie qui consiste à fermer cette porte, eh bien, il ne sera pas très enregistré, il ne sera pas très enregistré, très fortement parce qu’en fait, je suis en train de penser à autre chose, je suis en train de me dire, « Est-ce que je vais arriver à l’heure au travail et puis au fait j’ai telle chose à faire et puis, est-ce que je vais retrouver ma voiture ? ». Donc, vous voyez, que là aussi, notre esprit est encombré par des pensées qui font que nous ne retenons pas cette petite chose toute bête qui est, je suis en train de fermer ma porte à clé et plus tard quand j’arrive en bas de chez moi, j’essaye de me rappeler cette épisode, est-ce que tu as fermé cette porte à clé ? Eh bien, malheureusement, cette épisode, il est noyé, il en a eu 10 000, 10 000 épisodes comparables ont consisté à fermer la porte à clé, en bas de chez moi, j’ai plus le souvenir parce qu’il y a trop de souvenirs, en fait, mais, quand je remonte, la porte est toujours fermée à clé, ce qui montre que notre cerveau il est capable de créer ses automatismes, seulement, il n’en registre pas tout, parce qu’il n’est pas fondamental de tout enregistrer. C’est la même chose, il n’y a absolument aucune inquiétude à avoir si vous ne vous rappelez pas le menu de la veille, sauf si c’est peut-être le menu de vos 20 ans d’anniversaire de mariage, mais globalement, est-ce que c’est vraiment passionnant pour un cerveau de se rappeler tous les menus de sa vie, je ne crois pas, donc, pas d’inquiétude.
Et dernier point, beaucoup de personnes me disent, « Je ne me rappelle pas le livre que j’ai lu ou le film que j’ai vu », ce n’est pas si fondamental que ça. Lorsque vous lisez un livre, lorsque vous regardez un film, vous le faites le plus souvent pour le plaisir, vous ne le faites pas pour le mémorisez, si vous lisez un livre pour le mémoriser, c’est dans un cadre professionnel et là en général, vous faites des fiches, vous prenez des notes et en faisant ces fiches, en prenant ces notes, vous allez, en fait, contribuer à mémoriser ce livre, mais, lorsque vous lisez pendant les vacances un livre pour vous détendre, il y a aucune raison que votre cerveau fasse un effort démesuré pour vous, en souvenir six mois plus tard, pas d’inquiétude à avoir, c’est naturel. Votre cerveau n’est pas une camera qui enregistre tout, votre cerveau enregistre beaucoup, mais, il y a des systèmes d’oubli qui filtrent ce que l’on retient. Notre cerveau met peut-être beaucoup de choses en mémoire, mais, il y a certain nombre de ces choses qui sont finalement mises de côté, qui sont pas forcément oubliées, elles sont mises de côté, mais, vous avez le sentiment de les avoir perdu, sauf que lorsque vous regardez ce film à la télévision, vous pensez ne l’avoir jamais vu, mais, au bout de 15 minutes, vous vous rendez compte, oui effectivement, j’ai déjà vu ce film. La preuve, c’est qu’on se plait beaucoup des rediffusions à la télévision, ce qui montre bien finalement, on n’oublie pas ces films, puisqu’on est capable de se plaindre de leurs rediffusions.
 

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