
Le livre qui s’appelle « Éduquer ses enfants d’urgence aujourd’hui » est une manière de poser un acte. C’est-à-dire, dans la mesure où je dis « Ne comblez pas vos enfants » il est fondamental que je puisse dire à des parents « Voilà comment se pose le problème de l’éducation ». C’est-à-dire, comment cet enfant sollicite chacun de vous deux, comment solliciter, l’un et l’autre, vous avez à tenir le coup en restant très près l’un de l’autre et non pas du tout à vous faire la guerre pour savoir qui a raison et voilà comment l’enfant par sa présence et sa spécificité va produire chez vous des effets considérables et ravageurs dans la mesure où, non seulement, il va vous entraîner dans des conflits mais en plus, il va vous renvoyer à votre propre expérience de petit enfant.
Donc, il est fondamental de mettre en place une éducation extrêmement précoce qui doit commencer dès le berceau et qui doit, dans le respect de cet enfant, lui apprendre les limites et lui apprendre à résister à ses pulsions. C’est-à-dire qu’il est tout à fait fondamental de faire en sorte de mettre en place un système cohérent qui lui permette de comprendre que, de toutes les façons, il ne peut pas tout avoir. Et mon livre a une partie théorique qui explique ce fait et une partie pratique dans laquelle les situations sont prises les unes après les autres, au fur et à mesure que les choses se développent.
Pour pouvoir, éventuellement, accréditer la question et son intérêt, je suis parti d’un fait qui est que, les résultats scolaires des enfants sont de plus en plus préoccupants. Or, pourquoi sont-ils de plus en plus préoccupants ? Pour une raison extrêmement simple, c’est que, pour que l’enfant puisse produire l’effort que nécessite l’acquisition d’un savoir, il est fondamental qu’il ait appris l’effort. Et pour avoir appris l’effort, il faut impérativement que cet effort lui était enseigné dans son tout petit âge. C’est pour cela que mon travail va de 0 à 3 ans. C’est-à-dire, avant l’entrée à l’école, pour que l’enfant puisse, éventuellement, comprendre qu’il a quelque chose à faire lui-même pour que les choses lui viennent. C’est-à-dire qu’il n’a pas droit absolument à tout, mais qu’il ne peut, justement, pas tout avoir s’il ne fait pas d’effort.
Et de ce côté-là, si aujourd’hui les parents sont tellement paumés avec leurs petits enfants, c’est précisément parce qu’ils ne mettent pas en place cette éducation et qu’ils pensent fondamental de combler leur enfant pour se faire aimer de lui. Et, se faire aimer de son enfant n’est pas une éducation, c’est une séduction. La séduction, c’est facile, et ça ne rapporte rien. L’éducation, c’est difficile mais ça rapporte gros.
L’autorité est... tout à fait mise à mal aujourd’hui dans la mesure où justement, elle n’a pas bonne presse. C’est-à-dire que, dès que vous parlez d’autorité, il vous est rétorqué qu’en définitive nous sommes dans un système démocratique dans lequel il est strictement anormal qu’il puisse y avoir l’autorité d’un individu sur un deuxième individu… ce qui est un discours totalement pervers dans la mesure où, l’expérience démontre, à chacun et à chaque instant, que nous sommes tous soumis à des individus qui sont au-dessus de nous et qui ont autorité sur nous.
Eh bien, l’enfant est un petit enfant qui n’a pas les moyens d’un adulte et ses parents sont des adultes qui ont énormément de moyens. La relation est verticale, c’est-à-dire que... l’autorité parentale est naturelle. Il faut qu’elle soit assumée. Il ne faut pas mettre l’enfant à son propre niveau dans une relation horizontale. Sinon ça équivaut exactement au fait qu’on vienne vous chercher un jour, alors que vous êtes dans l’avion et qu’on vous dise « Venez prendre les commandes ». Imaginez dans quel état vous seriez. Eh bien, l’enfant, lui, il est dans cet état-là et il peste de tous les côtés. Il devient invivable parce que, il a une trouille énorme. Alors que l’autorité le rassure.
Que les mères soient responsables ne signifie pas qu’elles soient coupables. Que les mères soient responsables, ça tient simplement au fait que ce sont elles qui portent un enfant pendant 9 mois et que, pendant ces 9 mois, l’enfant n’est pas passif. L’enfant organise tout son cerveau sensoriel sur tout ce qui lui est venu du corps de sa mère. C’est-à-dire que, l’enfant a, à sa mère, une relation fondée sur le biologique qui fait que, dès la naissance, il la reconnaît entre toutes les femmes. Et, il est parfaitement capable de savoir qui elle est, alors qu’il ne sait absolument rien de son père et que son père, lui, simplement, c’est cet individu que sa mère lui présente comme tel.
Eh bien, c’est exactement comme si, pour prendre une image, à l’intérieur d’une voiture, il y a la mère, le père et l’enfant, et la mère, c’est elle qui tient le volant et qui conduit la voiture. À partir du moment où elle conduit la voiture, elle est responsable de ce qui se passe. Elle est responsable dans la mesure où, il lui est absolument interdit de brûler un feu rouge, il lui est interdit de brûler un stop, il lui est interdit de doubler à droite etc., etc.
Il y a un certain nombre de règles. Ces règles-là, si vous voulez, la société les lui disait, et en plus, la société avait mis quantité de pancartes de tous les côtés pour lui dire une direction. Et elle lui a dit, la société, lui avait dit « Vous savez, quand vous avez un problème, vous avez à votre côté un homme qui est le père de votre enfant et dont vous pouvez prendre la vie, et qui peut, éventuellement, vous guider en vous disant voilà, moi j’ai la carte. C’est comme ça qu’il faut faire, etc., etc. Il a plus de distance avec votre enfant que vous-même ».
Aujourd’hui, on a enlevé les cartes de monsieur. On lui a dit « Éventuellement, la seule chose que vous pouvez faire… que vous devez faire c’est faire en sorte que… de voir que votre femme tient bien le volant. On a supprimé toutes les pancartes, vous voyez ? Et puis, on a dit que l’enfant derrière, à partir du moment où il ouvrait la bouche pour dire quoi que ce soit, il fallait impérativement s’arrêter et puis s’occuper de lui ».
Voilà, en gros, le schéma métaphorique de ce que c’est que les conditions d’élevage aujourd’hui. Il est fondamental de revenir à quelque chose de beaucoup plus cohérent pour pouvoir reprendre les faits et de dire, bon, en imaginant, qu’éventuellement, les pancartes ne se remettent pas du jour au lendemain en place et que le monsieur ne récupère pas impérativement tout de suite sa carte géographique, il est fondamental de comprendre la position que l’on a et la prudence que l’on doit éventuellement avoir, ne serait-ce que, pour ne pas brûler les feux rouges ou s’arrêter aux stops.
Voilà, tout le travail que j’ai fait sur l’éducation n’est ni plus ni moins que cette chose élémentaire.
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