
Alors il faut partir d’un principe c’est que… un couple se forme dans une attraction mutuelle. Je suis attiré par ma partenaire, elle est attirée par moi et nous allons nous donner l’un à l’autre et explorer nos corps dans cette partie qui est la plus intime qui soit c'est-à-dire le fonctionnement de nos sexes respectifs. Le problème c’est que nous sommes l’un et l’autre, ma partenaire et moi, des êtres qui justement sont trempés dans une population dans laquelle éventuellement les rencontres ne sont non seulement pas rares mais sont constantes et font partie du quotidien. Et bien nous avons… nous pouvons éventuellement éprouver à notre insu quelque chose justement d’une attraction pour une autre personne, c’est-à-dire cette attraction moi je la définis si vous voulez comme la tentation adultérine et je dirais de cette tentation adultérine qu’elle est universelle, c'est-à-dire l’homme que je suis qui passe dans la rue se régale à regarder les formes des femmes qu’il voit et bien entendu dans ce régal il y a quelque chose qui me fait infiniment plaisir dans la mesure où je mesure ce qu’il en est de l’intensité de mon désir. Ces femmes qui justement attirent mon regard sont elles-mêmes entièrement en accord avec leurs propres êtres dans la mesure où elles ne sortent pas dans la rue sans s’être habillées, maquillées, coiffées…etc. etc. et qu’elles sont extrêmement flattées, qu’elles le veuillent l’avouer ou pas, du regard que les hommes portent sur elles, c’est-à-dire que là elles se sentent désirer, on est là dans l’essence du féminin qui est justement de susciter le désir et tout comme dans l’essence du masculin qui est justement de se sentir désirant. Cette tentation adultérine qui est universelle permet en quelque sorte à chacun des partenaires, enfin à chacun des deux sexes de se sentir pleinement vivants, je dirais, c’est-à-dire avec une relation à lui, à lui-même qui est une relation relativement satisfaisante. Qu’est-ce qui produit la bascule qui va de la tentation à l’acte ? À cet égard dans mon livre sur l’adultère j’ai longuement analysé un film de Liv Ullmann qui s’appelle « Infidèle » sur un scénario de Ingmar Bergman. Pourquoi je me suis intéressé à ce film ? Parce que dans ce film le couple qui est mis en scène pourrait être considéré par chacun de nous comme le couple idéal, c’est-à-dire le couple qui répond à tous les critères que nous pourrions éventuellement avoir en tête. Le monsieur est un chef d’orchestre de réputation internationale, il est extrêmement beau, extraordinairement intelligent, attentif, très amoureux de sa femme, très prévenant, constamment auprès d’elle avec une communication d’une grande qualité. Cette femme, elle, est une actrice qui donc a une existence propre de professionnelle qui est heureuse d’être avec cet homme dont elle est très amoureuse et ils ont ensemble une petite fille qui a une dizaine d’années. L’un comme l’autre ont un ami commun qui est l’ami d’ailleurs du chef d’orchestre du mari et c’est cette femme qui parle parce qu’elle va continuer de parler en disant de cet homme, l’admiration qu’elle a de cet homme et l’amour qu’elle lui portait et sur le plan sexuel, c’est elle qui parle, elle dit qu’il lui donnait des orgasmes tellement importants, tellement violents, qu’il lui arrivait de s’évanouir. Voilà des conditions qui laissent à penser qu’en définitive un couple comme celui-là est appelé à durer éternellement. C’est le mythe de Philémon et Baucis, c’est tout ce qu’on voudra qui existe dans la littérature depuis le fin fond de l’humanité. C’est en gros le conte de fée qui est en place de façon prometteuse et rassurante. Eh bien, cette femme-là va justement commettre l’adultère, c’est-à-dire qu’elle va nouer une relation adultérine… avec qui ? Avec l’ami de la famille. L’ami de la famille qui, lui, est vraiment… ne fait pas le poids par rapport au mari. Pourquoi est-ce que cet adultère intervient ? Et bien l’intéressant dans ce film c’est qu’il ne laisse rien au hasard et qu’il démontre d’une façon quasi mathématique comment les choses se produisent. Elles se produisent très exactement après que cette femme assiste à une répétition d’un trio de Brahms où cet homme au piano est constamment… est entièrement dans son métier, l’exerce de façon extraordinaire et elle a à coté d’elle sa petite fille… leur fille et cette fille est totalement absorbée par le spectacle de… du travail de son père et cette femme soudainement a le sentiment que son homme peut parfaitement se passer d’elle et sa fille aussi peut se passer d’elle et elle se trouve comme ça, comme un électron libre qui n’a plus rien à quoi se raccrocher parce qu’elle a le sentiment qu’elle n’est indispensable à personne. Or, ce côté être indispensable à quelqu’un lui revient constamment de façon répétitive à l’intérieur de la construction du film par la présence assidue de sa mère auprès d’elle. C’est-à-dire que si elle a besoin de se sentir indispensable c’est presque par rapport au fait qu’elle est indispensable à sa propre mère. Quand on… quand j’ai fait… quand j’ai étudié de façon extrêmement détaillée ce film là, j’ai montré comme ça que en définitive dans un processus adultérin il n’y a pas comme on pourrait le croire un salaud et une victime, il y a deux victimes. La victime qui passe à l’acte, celle qui passe à l’acte est une victime de sa propre histoire et celui qui est victime de l’adultère de son partenaire est victime, lui, de la rupture du contrat implicite de fidélité. Évidemment la suite de l’histoire est tout à fait tragique mais là encore une fois ça renvoie chacun à… aux éléments qui l’ont construit.
