
Est-ce que c’est la libéralisation des mœurs qui a rendu la relation plus difficile à l’intérieur des couples ou bien est-ce que c’est l’éducation précoce des partenaires du couple… des couples aujourd’hui qui a rendu les choses difficiles ?
Justement tout mon travail a cherché… a montré qu’en définitive si tant est qu’éventuellement on en arrive à quelque chose qui rend l’adultère banal voire même encouragé, c’est précisément parce que nous avons élevé depuis quelques générations nos enfants dans une forme d’illusion qui a consisté à leur faire croire qu’ils avaient droit à tout et que ayant droit à tout si vous regardez ce qu’il en est de la manière d’élever un tout-petit, il a effectivement droit à la nourriture, à la chaleur, à l’attention, à l’amour, etc. etc., il n’y a qu’une seule chose qui lui reste interdite, c’est le sexe. Eh bien, il n’en reste pas moins que le droit à tout va, pour lui, déborder de l’ensemble des éléments dont il bénéficie pour également survenir à l’intérieur du sexe, c’est-à-dire dans la relation sexuelle qu’il va avoir à son partenaire il va toujours, à partir du moment où il est persuadé qu’il a droit à tout, il va développer une forme d’insatisfaction et cette insatisfaction, il va chercher à la combler en essayant d’aller voir si un autre partenaire peut lui apporter ce qu’il attend. Ce qui est d’ailleurs vraiment une illusion dans la mesure où ce que l’on constate, c’est qu’on rompt une relation pour une autre relation, en principe on devrait être content, eh bien, non, cette relation n’est pas satisfaisante et on va encore rompre celle-là pour une troisième et on va être comme ça dans une forme d’errance.
Cette forme d’errance va être sans fin. C’est pour cela aussi si vous voulez que l’on voit aujourd’hui se développer toute une série de stratégies qui permettent aux humains de pouvoir explorer leur sexualité de toutes les sortes de manière étant entendu que vous n’en trouverez pas qui vous diront avoir trouvé de solution satisfaisante. Je veux dire que quand je dis des choses qui vont explorer… où on va explorer la sexualité c’est encore là une fois un placage de l’imaginaire sur la réalité. Et là ça renvoie nécessairement à la façon dont nous, les humains, homme comme femme, pensons le sexe et nous nous rendons compte que nous ne pouvons pas penser le sexe autrement qu’avec ce que la vie a fait de nous, c'est-à-dire que encore une fois tout cela remonte à la toute petite enfance et à notre aventure d’homme ou de femme à l’intérieur de cette petite enfance. Et qu’est-ce qu’on peut tirer de cela ? On peut tirer déjà qu’il y a une différence fondamentale entre les hommes et les femmes dans la mesure où le petit garçon issu du ventre de sa mère développe à l’endroit de cette mère un amour considérable qui d’ailleurs le poursuivra son existence toute entière et va à un moment entrer dans la phase dite « oedipienne » où il va faire de sa mère son objet d’amour exclusif et il va s’offrir sexuellement à elle, je veux dire que ça n’est pas une vue de l’esprit, je veux dire qu’il y a des petits garçons qui disent à leurs mères « J’ai envie de coucher avec toi » textuellement ou bien alors « Maman j’aimerai bien te faire l’amour », ce sont des choses qu’on entend ou bien alors dans les dessins exprimés (quantité de faits) de cet ordre-là etc. etc., mais c’est un amour d’un petit garçon à sa mère qui est un être féminin, c’est-à-dire que c’est un amour qui est exclusivement hétérosexuel. Cet amour hétérosexuel va s’arrêter un jour dans son expression parce que le petit garçon va avoir peur de la réaction de son père et va donc abandonner sa mère comme objet d’amour en se promettant un jour ou l’autre de trouver une femme qui lui ressemble.
Du côté de la fille, les choses sont totalement différentes parce que la petite fille, elle, qui a pour objet d’amour dans le petit âge sa mère dont elle est issue ne va pas pouvoir s’offrir à elle sexuellement et justement va se tourner vers son père pour faire de son père une forme d’allié contre la crainte qu’elle a de sa mère et elle va de ce fait là se détourner de sa mère et commettre en quelque sorte deux erreurs qui vont lui coûter très chers toute sa vie. La première c’est précisément qu’elle aura peur que sa mère ne se venge d’elle de s’être détournée d’elle et la deuxième c’est que sa mère ne lui en veuille de s’être intéressée en définitive à son propre partenaire. Cette petite fille va donc rentrer dans la relation sexuelle dans une relation hétérosexuelle avec son père mais parasitée par la relation amoureuse homosexuelle avec sa mère, homosexuelle au sens relation du même sexe. Si bien qu’on peut dire que du côté féminin la relation sexuelle n’est pas franchement et ouvertement et exclusivement hétérosexuelle mais qu’elle est toujours mâtinée d’une petite part d’homosexualité qui est en quelque sorte une forme de réserve par rapport à l’hétérosexualité totale. Et cette part là est spécifique à chaque femme si bien que par exemple ça donne si vous voulez… ça explique le fait que Lacan quand il parlait de l’être mâle, disait « l’homme » avec un article défini et quand il parlait des femmes ne disait jamais « la femme », il disait d’ailleurs que « la femme » n’existe pas et là encore on pourrait en dire beaucoup mais pourquoi ne disait-il pas « la femme », il disait « une femme », pourquoi ? Parce que justement il n’y a pas deux femmes identiques à cet égard.
Dans la réunion d’une femme avec l’homme il y a justement ce hiatus, c’est-à-dire que l’homme attend une hétérosexualité totale de la part de sa compagne, laquelle ne peut pas la lui donner, en tout cas pas la lui donner. C’est un tribut de la culture alors que précisément du côté de la nature on sait très bien que le potentiel orgastique d’une femme est infiniment supérieur à celui d’un homme et on peut dire que dans cette sorte de quête que les hommes font d’une relation satisfaisante, au fond ce qu’ils cherchent tout le temps c’est quelque chose qui serait de l’ordre de l’hétérosexualité complète. C'est-à-dire que ça existe si vous voulez sous la forme de cette… de ce fameux adage, enfin en tout cas de cette fameuse approximation que l’on fait qui est « la maman est la putain ». Qu’est-ce que c’est que « la maman et la putain » ? Eh bien, justement il y a quelque chose qui est attendue du côté masculin qui est si tant est qu’éventuellement ma partenaire puisse à la fois développer au même endroit des sentiments ressemblant à ceux de ma mère, il est fondamental qu’elle soit aussi une putain au sens où précisément elle a à son sexe une relation quasi irrépressible et impossible à dominer.
J’ai, dans mon ouvrage sur l’adultère, étudié et analysé de façon très précise le cas d’un couple pour lequel la fracture de… risquait d’intervenir et … dans lequel je suis, moi, intervenu en tant que thérapeute et où les choses se sont arrangées sur un mode tout à fait merveilleux et la femme dans ce couple venant me dire un jour que grâce à ce qu’elle avait compris dans notre travail, elle avait découvert à l’intérieur même de son corps alors qu’elle était mère de trois enfants, des sensations dont elle n’imaginait même pas qu’elles pouvaient éventuellement exister. Le plus amusant c’est que l’homme de cette femme, lui, est venu me voir un jour pour me dire sa reconnaissance pour le travail que sa femme avait accompli avec moi et il a eu cette expression tout à fait amusante, il m’a dit « J’ai toujours eu besoin de l’amour de ma femme mais j’ai toujours eu besoin de putain, maintenant j’ai les deux en un ». Voilà qui montre bien que à la fois justement ce hiatus peut être supprimé mais en même temps combien il est difficile justement de le supprimer.
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