
Nous avons perdu notre fils cadet à l’âge de 25 ans, ça remonte en 97, il a été victime d’un accident de la circulation qui s’est passé au Vietnam alors qu’il était coopérant en tant que kinésithérapeute et c’est un accident, donc, de la circulation mais très, très loin de la France.
Le deuil dans un premier temps passe par une phase choc, de… enfin de sidération, de démolition je pourrai dire où l’on n’a plus aucun repère où il n’y a plus aucun avenir, c’est quelque chose de terriblement déstructurant. Dans un premier temps on fait face à toutes les démarches, évidemment de l’enterrement, bien entendu et quelque chose nous tient qui fait que l’heure n’est pas de… enfin réfléchir à ce qui va se passer pour soi-même. Après arrivent des phases de grande réflexion mais de grande douleur toujours d’interrogation, on dit « Pourquoi ? ». On évoque l’injustice de perdre un enfant, on a souvent coutume d’entendre dire ce n’est pas dans l’ordre des choses et petit à petit selon que l’entourage se comporte de façon, je dirais, intelligente, il y a des aides qui peuvent… va vous arriver, étant donné que soi-même on est seul devant son propre destin. Quand on a la chance de faire rencontrer un groupe d’entraide, je pense que si on en saisit bien la portée, si peu qu’il y ait du bouche à oreille, on se dit qu’il y a peut-être quelque chose au bout du chemin. Ce chemin est long, on sait qu’il sera long mais il sera pavé de choses peut-être plus gai petit à petit je dirai au fur et à mesure.
Vivre tous les jours, il le faut en ce qui me concerne, j’avais deux enfants, nous avions deux enfants, donc qui n’étaient encore pas dans la vie active, je dirai, donc il a fallu quand même les accompagner, (quoi) au point de vue. Moi, j’ai simplement dit « Mais est-ce que c’était…. », enfin c’est quelque chose d’intime, « …..Est-ce que c’est de la… de se culpabiliser », j’ai immédiatement dit à mes autres enfants « Je n’ai pas assez aimé votre frère », voilà je ne pourrai résumer… enfin je n’ai pas assez aimé, est-ce que c’est parce que le temps m’a été compté et que le temps s’est arrêté ou est-ce que bien entendu dans les relations père-fils où parfois il y avait des hauts et des bas, il peut avoir des tensions…etc., bon, ce n’était pas vraiment le cas mais je crois qu’on a cette culpabilité, j’ai eu cette culpabilité de base en disant « J’aurai pu l’aimer encore plus » parce qu’on se dit voilà la mort vient de me voler cette possibilité que j’avais de lui donner de l’amour certainement plus dans le temps que je ne peux le faire maintenant.
Alors, la solitude est un sentiment que l’on ressent très vite après la mort, une solitude immense, on est seul au monde presque, si ce n’est ses proches autour mais une grande solitude. C’est quelque chose qu’il faut rompre parce qu’on est sur terre avec d’autres, on n’est pas tout seul. Donc, il y aura tôt ou tard des échanges, autant de se donner les moyens d’avoir des bons échanges et je pense que ces groupes d’entraide et ces groupes de parole sont le parfait (creusé) pour rompre cette solitude, pour recréer un tissu social.
Alors, après la présence elle se transforme, il n’est plus présent physiquement mais il est présent partout, je dirai… mais je pense à présent avec le recul principalement il est présent pour moi dans des belles choses, les choses qui valent la peine, la nature par exemple c’est quelque chose que… avec lequel j’ai très, très vite renoué parce que je me suis rendu compte qu’elle apaisait tout simplement, c’est ce que… d’ailleurs j’en parle souvent dans des groupes, comme un conseil, je vais dire « Ecoutez, sortez, marchez, allez vers les belles choses, un beau ciel, des beaux arbres, enfin, des choses simples » mais je pense que la nature a quelque chose de consolant.
Personnellement, la question du pourquoi ne m’a pas interpellé plus que ça parce que je ne cherchais pas une réponse dans l’au-delà, je ne vois pas pourquoi… justement je ne vois pas pourquoi il y aurai une raison, on peut appeler ça le destin, la fatalité, voilà, donc, je pourrais dire que par cette… ce grand malheur on est confronté peut-être à la mort, à sa propre mort quelque part avant les autres, un cran avant les autres, c’est ce que je pense, enfin personnellement. Ce qui n’empêche que la vie est là mais je crois qu’on peut bien vivre que si on a pris conscience de sa propre mort.
J’ai une certaine croyance en… je dirai en l’être supérieur, peut-être est-ce que c’est quelque chose qui m’arrange peut-être, parce que je me dis que peut-être un jour ou l’autre il y aura peut-être reconnexion avec mon fils le jour de ma propre mort, on peut toujours vivre avec ça et puis enfin s’en persuader je dirais pourquoi pas, comme on n’a pas de réponse, donc on peut toujours… on peut toujours rêver, je dirai.
