
Un jeune aujourd’hui vit dans ce monde qui n’a plus de représentation positive de l’avenir et qui est soumis au chômage de masse. Il se trouve donc dans une situation où il va être un peu plus spontanément en concurrence avec les autres. Il faut pouvoir faire sa place et en même temps il n’a jamais été autant valorisé. On lui demande des choses impossibles, on lui fait porter… sur ses épaules un poids de responsabilités impossibles à assumer. On lui dit : « Tu es le roi d’une certaine façon, tu es au centre, tu es jeune, tu doit être dynamique, performant.» Et quand vous entendez des parents dans le… la vie quotidienne parler de leurs enfants dans les cafés, dans les librairies, dans les lieux chics. Ils ont 4 ans, 5 ans, vous avez l’impression souvent qu’ils parlent déjà comme si… ils étaient à centrale et c’est évident qu’ils vont prendre un parcours. Ça je parle pour les familles aisées d’haut cadre. C’est quand même extraordinaire. On va le valoriser d’envoi, on va lui faire porter d’emblée un poids de responsabilités dans la compétition, dans la performance qui va lui faire… le faire privé de l’insouciance qui était la jeunesse antérieurement.
Encore une fois je vous disais tout à l’heure que dans la condition classique, il y avait des étapes dans la vie. La période de l’enfance était la période de l’insouciance, de la protection et là c’est comme si ce jeune va avoir très tôt un poids de responsabilité très lourd dans le modèle de la performance mais aussi dans un certain modèle de citoyenneté. Il faut qu’il soit participatif. On est passé du modèle si vous voulez 68 où il y avait cette banderole dans certaines manifestations ‘Sois jeune et tais-toi !’. Effectivement être jeune c’était se taire, marcher, discipliner, etc. Bon, pas non plus, il y a beaucoup de caricatures mais c’était quand même un peu ça.
Aujourd’hui c’est l’inverse ‘Sois jeune et parles !’ et si tu es jeune tu dois parler. « Tu dois faire comme ci t’étais déjà grand. Si t’as pas envie de causer, le jeu, d’accord tu peux jouer mais il faut que le jeu il soit déjà finalisé à ta performance scolaire. Il faut déjà qu’il soit finalisé à ton… à ce que tu sois le meilleur. » C’est une logique qui empêche la période de l’enfance. Il y a quelque chose d’inhumain dans cette logique à mon sens. Ça c’est pour la période de l’enfance. Il est au centre, il est… il doit être citoyen, il doit être jeune, il doit participer et vous avez cette chose extraordinaire de parents qui adorent montrer pour certaines catégories que moi je n’hésite pas trop à appeler les ‘Bobos’ qui amènent leurs enfants si vous voulez au centre dans des repas. « Regardez comme il est beau. Il est tout petit mais il est déjà grand. Montres nous qu’est-ce que tu sais faire. » On le met au centre et évidemment l’enfant devant l’image qu’on lui donne va répéter parce que l’enfant c’est normal. L’âge de l’enfance c’est l’enfance de… c’est le conformer. C’est ensuite à l’adolescence qu’on va se révolter contre ce modèle. Donc, il va répéter le modèle que l’adulte que lui donne et les adultes vont le trouver formidable, ils vont applaudir. Qu’est-ce qu’ils applaudissent dans l’enfant qu’ils mettent au centre ? Ils applaudissent une image d’eux-mêmes. C’est un jeu de miroir.
Alors ça… alors l’enfant est là et puis tout d’un coup, il va commencer à casser les pieds aux adultes. Donc, on va lui dire : « Eh bien, tu nous casses les pieds, tu vas te coucher. Maintenant on est entre nous, etc. » L’enfant roi qu’on met au centre, c’est l’enfant à un moment donné dont on se débarrasse. C’est là où je disais que la notion de à la fois se sentir responsable vis-à-vis des jeunes générations tout en les laissant, j’allais dire, expérimenter l’âge propre qu’ils ont. C'est-à-dire l’enfance, l’adolescence tout en mettant et en structurant des repères en jouant son rôle d’adulte. Ce n’est pas simplement être bien avec eux qui… être à ce qu’ils nous aiment. On les aime. Bien sûr le sentiment est important, il reste fondamental. Si… il n’y a pas d’amour, il ne reste rien. Mais on ne peut pas non plus tout basé sur le sentiment. Il y aussi des… devoirs, des dettes, une façon d’assumer sa position d’autorité et je pense que c’est celle-là qui s’est largement érodée et je pense que tout ça fait partie de l’héritage d’un possible mai 68 et que ça place les jeunes dans une situation difficile, je dirais le terme est à la mode, on pourra en discuter mais de souffrances.
