
L’idée de mon travail a été évidemment beaucoup de souplesse parce que… parce que Romain répondait à très peu de choses au début mais d’essayer de… de toucher à tous les domaines déviants chez lui et chaque jour je travaillais un domaine différent en partant du corps car je me suis dit, c’est pas très géniale comme réflexion mais que tout… que tout part du corps et que le cerveau ne peut rien si le corps ne comprend pas… si le corps ne prend pas pour lui-même, comprendre, ça veut dire, prendre pour soi, et… et prendre avec, avec… « conprendere », prendre avec.
J’ai observé pendant de longues heures ses stéréotypies et voilà ce que j’en ai compris. J’ai compris que leur stéréotypie était une façon de demander, c’était une demande et tant que vous n’êtes pas satisfaits de la demande, qu’est-ce que vous faites ? Eh bien, vous continuez à demander jusqu’à ce quand vous obteniez une réponse. Et la réponse, elle ne pourrait être que gestuelle.
Donc, quand mon fils, par exemple, ouvrait et fermait les portes ou allumait et éteignait les interrupteurs ou allait tirer les chasses d’eau des cabinets, il faisait ça absolument tout le temps, au lieu de le lui interdire, au lieu de lui dire « Arrête », j’ai non seulement observé comment il faisait et là je me suis rendue compte qu’il y avait une certaine… un certain ordre dans sa façon de faire, c’était les seuls moments où il était un tout petit peu ordonnancé, c’était dans ses stéréotypies.
Et moi, je me suis dit « Bon, je vais d’abord faire comme lui » comme si je disais « J’ai compris que tu me demandes quelque chose ». Et puis, je me suis dit « Ben, maintenant je vais essayer de lui répondre gestuellement ». C'est-à-dire, quand vous donnez une réponse à quelqu’un verbalement, vous n’employez pas les mêmes mots que ces mots de demandes, que ces mots de questions. Et donc, j’ai essayé d’élargir ses gestes et peu à peu j’ai gagné parce que ses… ses gestes, ses stéréotypies ont fini par devenir des jeux. C'est-à-dire, qu’il a fini par avoir besoin de moi parce que… parce que je suis arrivée à changer ses rythmes. Lui qui allumait toujours de la même manière les interrupteurs, j’ai pu lui montrer qu’on pouvait les allumer plus ou moins rapidement, plus ou moins lentement et que ça pouvait devenir un jeu. Même chose pour la chasse d’eau, même chose pour les portes qu’on ouvrait et qu’on fermait mais plus au même rythme car quand on regarde une stéréotypie qui est toujours rythmée de la même manière mais là, je sentais qu’il y avait un ordonnancement et qu’il fallait que je saisisse ce pauvre ordonnancement mais qu’il fallait le saisir et qu’il fallait l’utiliser.
Donc, voilà comment est-ce que je suis arrivée à rentrer en communication avec Romain et puis, peu à peu avec les ateliers, je faisais devant lui des choses, et il les faisait ou il les faisait pas mais je les ai refait des centaines, des milliers de fois jusqu’à ce que son cerveau supporte de… de venir faire parce que ces enfants-là sont généralement des penseurs visuels à leur paroxysme et le… dans la pensée visuelle le… le cerveau généralise beaucoup moins vite que des penseurs verbaux et donc, les enfants autistes se montrent avant tout très résistants. On se dit tous « Ils n’ont pas envie, non… » Non ça n’a rien à voir.
Ils ne sont pas capables de généraliser une situation comme nous, nous la généralisons parce qu’ils sont pas dans l’utile, dans l’utilisable et ils ont besoin de s’habituer à voir plusieurs fois un contexte, une situation, se mettre en place pour supporter de pouvoir la faire eux aussi.
