
J'ai toujours voulu être actrice. Je crois que je... dans mon souvenir, c'était un rêve dont je n'osais, je n’osais pas en parler parce que j'étais tellement timide que je me disais « Mais c’est pas un métier » enfin à l'époque, en tout cas, on n’imaginait pas ça comme un métier et j'avais ce secret au fond de moi, ce petit rêve de, ce rêve de petite fille que je faisais grandir au fur et à mesure avec en plus des modèles qui ont accentué ce rêve.
Si je suis actrice aujourd'hui, c'est à cause de mon enfance, grâce à mon enfance, parce que j'ai une maman qui nous a mis, mon frère et moi devant le sapin de Noël, mon histoire d'actrice a commencé comme ça, ce qui est drôle d'ailleurs de revenir sur « Réveillon d'été » c'est que petite fille à l'âge de quatre, cinq ans, je faisais déjà des petites pièces de théâtre devant le sapin de Noël.
C'est vrai qu'en arrivant à Paris, la difficulté c’était que j'avais 20 ans, que je connaissais personne, mais alors personne, je suis arrivée ici comme jeune fille au pair et qu’ensuite je suis allée dans des écoles d'art dramatique et que j'ai mis du temps petit à petit, doucement mais sûrement. Je dirais que ce qui m'a fait tenir c'est ma croyance dans le travail. Je me suis toujours dit... alors c'est certainement très imprégné par ma culture protestante calviniste suisse, c'est que pour obtenir les choses, il faut travailler beaucoup et je me suis toujours dit « J'y arriverais grâce à mon travail ». Donc je me suis accrochée à ça.
Le fait de… peut-être de devenir mannequin ou pas, en fait, c'est vrai que j'y ai pensé, on me l'a proposé… j'étais tellement timide qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas avec ça. C'est vrai que de défiler sur un podium pour moi c'était quand même « Ah ! » quelque chose, alors que être acteur sur scène, vous incarnez un personnage, vous êtes quelqu'un d'autre. Alors peut-être que j’ai raté une… peut-être une occasion d'être mannequin, je crois qu'en fait j'ai certainement raté cette opportunité-là à cause de ma timidité.
Je n'avais pas conscience d'être mignonne, d'être belle, c'est une chose... en tout cas j'avais conscience que j'avais un… voilà, que j'avais un certain charisme et que j'étais photogénique, ça c'est une chose que j'ai découverte grâce à la télévision, petit à petit par rapport à ce qu'on me disait, par rapport à ce que je pouvais aussi voir. Donc j'ai pris confiance en fait petit à petit. Je crois que j'étais vraiment… j'ai été pendant des années quelqu’un qui n'avait pas confiance en elle et probablement que c'est ça qui m’a fait perdre beaucoup de temps dans ma carrière et en même temps j'ai toujours travaillé. Alors on dit que j'ai eu de la peine à y arriver, je dirais que j'ai mis du temps à avoir la reconnaissance.
On me pose souvent cette question à savoir si j'ai déjà rencontré des juges d'instruction aussi sexy que Nadia Lintz et j'ai envie de répondre « oui » et… oui j'ai rencontré des juges d'instruction. Avant de commencer « Boulevard du Palais », je suis allée au palais de justice en 1998 pour m'imprégner parce que évidemment dans mon travail d'actrice ce qui m'intéresse le plus c'est tout ce travail qu'il y a avant, essayer de comprendre ce que c’est que le métier de l'autre, aller à ses côtés, plonger dans cet univers, devenir juge d'instruction pendant quelque temps. J'ai eu cette chance extraordinaire, chose pas tout à fait autorisée, mais de pouvoir aller dans les coulisses, aller voir ce que c'est dans un bureau de juge, y passer du temps, j'y ai passé une quinzaine de jours et donc j'ai rencontré des juges d'instruction. Alors voilà… les femmes sont des femmes. Bon, évidemment… après voilà, elles mettent des jupes elles... alors après évidemment en fiction on pousse un tout petit peu plus, je dois reconnaître qu'on accentue un petit peu plus ça. On a dû faire un petit peu marche arrière parce qu'on a eu souvent des remarques par rapport au côté un peu trop sexy mais maintenant on y revient et ça ne dérange plus du tout le public. C'est vrai que c'est devenu acquis. Moi je m'amuse avec ça.
Je me sens plus juge dans mon caractère déjà. Je crois que quand on rencontre un rôle comme celui de Nadia Lintz c'est pas un hasard. Quand j'ai fait les essais pour « Boulevard du Palais » en 1998, quand j'ai lu le texte j’ai dit « C'est évident… »… Ça me semblait évident que j'allais avoir le rôle parce que c'était une vraie rencontre. Elle avait les caractérisations que moi j'ai aussi, je n'ai pas que celles-ci mais ce besoin de droiture, ce besoin de justice, ce besoin d'équité absolue, je suis comme ça dans la vie, parfois c'est emmerdant pour l'entourage, mais je crois que ça fait partie de moi, donc je la comprends très, très bien. Nadia Lintz est devenue moi et moi je suis devenue elle, en fait.
J'aime interpréter ce genre de personnage d'abord parce que je pense qu’en tant qu’actrice, c'est un travail passionnant, intéressant et bouleversant d'essayer de comprendre ce qu’un parent, ce qu’une mère peut vivre. C'est une démarche pour un acteur, c'est d'essayer de comprendre la peine de l'autre. Je crois qu'on est fait pour être, se mettre dans la peau des autres. Maintenant… alors évidemment j'ai une sensibilité qui fait que probablement les metteurs en scène aiment me confier ce genre de rôle parce que je suis tout à fleur de peau et j'ai une… voilà une facilité pour aller dans l'émotion. Après je trouve que c'est important... ce que j'aime c'est toucher les gens par rapport à ça, c'est plus de venir vers mon public et de les émouvoir et d'avoir ce rendu, c'est-à-dire que quand je fais un film sur une maman qui a son petit garçon assassiné et qui se retrouve à se dire « Je voudrais que l'assassin soit exécuté » parce qu’à l'époque c'était juste avant la loi de Badinter, il y avait encore la peine de mort en France, c'est une vraie question et le public qui va se retrouver face à ça, face à cette douleur et je vais pouvoir partager ce questionnement avec le public et cette émotion avec le public et j'aime faire ce genre de rôle pour ça.
Pour moi le métier d'acteur c'est changer de peau. Je dirais qu'il y a une seule frustration que je peux avoir aujourd'hui, en ce moment avec « Boulevard du Palais » c'est que j'interprète toujours le même personnage. Alors par bonheur les scénarios sont très riches. Ils me donnent des tas de choses à jouer, surtout en ce moment-là ça se renouvelle beaucoup mais c'est vrai que j'aime devenir quelqu'un d'autre. Je crois que c'est ce travail-là chez l'acteur qui est le plus passionnant, c'est un jour de faire une maman qui a un enfant assassiné, c'est-à-dire de rentrer dans la peau d'une mère et un autre jour dans la peau d'une journaliste, un autre jour d'un juge et au théâtre encore autre chose. Je crois que c'est ça le vrai métier d'acteur. Ça me permet en plus moi de découvrir le monde et de découvrir des personnalités multiples et diverses. C'est génial comme métier parce que j'ai déjà eu dix métiers, quinze métiers et quinze vies.
C'est pas parce que je suis mal chez moi, je crois que c'est parce que j'ai tellement de choses en moi… je suis quelqu'un d’assez… dans la vie, d'assez discrète, d'assez... je ne suis pas l'actrice show off et je crois qu'en fait à travers mon métier, je peux exprimer tout ce que la petite fille à l'intérieur a à l'intérieur d'elle, que j'ai plus de difficulté à exprimer dans la vie.
Alors j'ai effectivement fait très peu de cinéma. J'ai commencé ma carrière en faisant du cinéma et puis j'ai fait un long métrage qui s'appelait « Dernier stade » où j'ai eu un rôle absolument extraordinaire à interpréter qui était l'histoire d'une coureuse de 800 mètres, qui se retrouvait confrontée au dopage. J'ai travaillé trois ans pour faire ce film. Je me suis entraînée six heures par jour, j'ai fait un travail à la Dustin Hoffman (entre parenthèses) mais évidemment sans son talent mais un travail d'investigation, de travail physique extraordinaire et puis tout d'un coup ça s'est arrêté. On ne m'a plus fait de proposition de cinéma parce que je crois que tout d'un coup la télévision est venue à moi et on m'a proposé de magnifiques rôles à la télévision.
J'ai commencé à faire de plus en plus de télévision et j'ai commencé à être connue à la télévision et je crois que malheureusement en France, il y a un vrai souci, une vraie barrière que j'essaye de faire tomber et je crois qu'on est en train d'y arriver petit à petit, c'est-à-dire qu’à partir du moment où vous êtes un acteur connu à la télévision vous ne faites plus de cinéma. J'ai plein de camarades qui sont dans la même problématique, je ne sais pas pourquoi parce que c'est absurde parce qu'il y a tout ce potentiel de spectateurs, entre quatre et six millions de spectateurs chaque vendredi soir pour « Boulevard du Palais ». Ce potentiel est là et il vient au théâtre, il vient me voir au théâtre, donc il est bien là, il va se déplacer au cinéma pour venir me voir. Donc je crois que ça… les Américains ont merveilleusement compris le côté marketing de la chose. Ici en France, il y a une séparation, je dirais une sorte de snobisme je sais pas ce que c'est exactement mais c'est dommage parce que j'en souffre pas énormément parce que j'ai eu tellement de beaux rôles à la télévision que voilà j'ai été gâtée, donc je ne suis pas en frustration. Je dirais ce qui est dommage, c'est que c'est aussi une rencontre de metteur en scène, une rencontre d'univers, c'est avoir plus de temps parce que le cinéma c'est plus de temps, c'est un autre support, c'est une autre manière de raconter des histoires. C'est ça qui me frustre un peu mais je crois que c'est uniquement parce que je fais de la télévision et que je suis connue.
Effectivement en ce moment je suis dans un vrai choix de carrière. C'est que je me dis… bon, voilà il y a un enfermement, je ne peux pas le nier. Alors j'ai pris la décision de sortir de cet enfermement et je suis en train d'essayer de sortir de cet enferment sans quitter Nadia Lintz parce que le souci de quitter Nadia Lintz c'est d'abord un, c'est peut-être un peu prétentieux de dire ça mais je crois que le public aime beaucoup cette série. D'abord elle marche très bien, il y a des très bonnes audiences. Donc s'arrêter au moment où ça marche très bien, je pense que le public sera frustré, je pense que la chaîne aussi risque d'être frustrée si on s'en va et si on arrête, parce que je pense que si j'arrête, je ne suis pas sûre qu'on continue, c'est un tel duo tous les deux avec Jean-François Balmer. Donc j'essaye de sortir de cet enfermement et de diriger ma carrière vers autre chose et j'ai pris des grandes décisions et le théâtre en fait parti. J'ai envie de faire une carrière au théâtre. J'ai envie de revenir sur scène, c'était ma première passion. J'ai pensé faire du théâtre quand je suis arrivée à Paris. Je ne savais pas qu'il y avait autant de travail à la télévision, après la télévision est venue à moi. C’est magique, je trouve que c'est un support extraordinaire. Vous allez chez les gens, c'est une rencontre avec le public qui est fantastique. Là maintenant j'ai décidé de venir au théâtre. J'ai beaucoup de propositions au théâtre, comme quoi... quelque part ça c’est encore un autre sujet mais j'ai l'impression qu’à partir du moment où on décide les choses où le désir est là et qu’on prend une décision, je me suis rendue compte dans ma vie, tout d'un coup les choses se… je crois qu'on crée sa propre vie et là j'ai décidé de la créer différemment.
Je suis une fan absolue de Claude François, c'est-à-dire que quand j'étais enfant... je crois que je fais aussi ce métier grâce à lui et à cause de lui. En fait, pourquoi ? Je voulais faire comme lui, je voulais non pas chanter mais je voulais donner du bonheur aux gens, je voulais les faire rêver, je voulais retransmettre ce que lui m'a transmis. Il m'a transmis une telle passion de la scène, une telle passion... une telle émotion dans tout ce qu'il faisait. Il m'a tellement ému avec ses chansons, tellement fait rêver que je voulais aussi moi transmettre ça au public et pendant toutes ces années d'enfance et ensuite d'adolescence il a été mon compagnon de vie quasiment parce que j'avais mais… j'étais très, très atteinte, j'avais des posters de lui tout autour de ma chambre. Je lui parlais, je lui disais « Un jour je ferai comme toi, un jour je ferai des grandes salles, j'arriverai aussi à les faire rêver, à les émouvoir, à leur donner du bonheur » et j'étais persuadée que je viendrais dans cette ville et qu'un jour je rencontrerais Claude François. Il est décédé entre-temps.
Après ma vie a fait que… on en reparlera peut-être… mais c'est quelque chose qui est assez étonnant mais c'est vrai que ça, ça a été... il a été mon modèle, il a été mon modèle aussi par son exigence professionnelle. Je voulais être comme lui, je voulais être aussi exigeante que lui. Heureusement je crois que je ne le suis pas devenue parce qu’après j'ai appris qu'il était vraiment d'une exigence très, très extrême avec ses collaborateurs, chose que moi je ne saurais pas faire enfin mais au niveau en tout cas de l'exigence professionnelle et de l'envie d'y arriver, de réussir, je crois qu'il m'a amené énormément et je lui dois beaucoup et que ce rêve d'enfant de venir à Paris, de devenir actrice à Paris puisque je suis Suissesse, je vivais à Lausanne, je le lui dois.
Aujourd'hui, je me retrouve à vivre avec la personne qui est la plus proche de Claude François et ça c'est une chose très… qui a été très troublante pour moi parce que je l'ai rencontré dans une émission de radio lors d'une promotion de pièce. Je ne savais pas qui c'était, je ne savais pas qu'il s'occupait des affaires de Claude François. J'ai été séduite par cet homme et tout d'un coup je me retrouve dans mon rêve d'enfant et ça c'est une chose qui me trouble encore aujourd'hui.
C'est en fait plus que le biographe de Claude François. En fait, Fabien est... s'occupe des affaires de Claude François, de la vie d’après sa mort, en fait. C'est lui qui fait continuer Claude François encore aujourd'hui et il est associé avec Claude François Junior. Un jour j'avais rencontré Claude François Junior. Je lui avais dit… j'étais au Palais des Congrès, je jouais « On achève bien les chevaux » mis en scène par Robert Hossein, et pour moi ça faisait partie du rêve. Je me disais « Ah ! Anne, en tant qu’actrice tu fais 4 000 personnes, c'est quand même rare pour un acteur de se retrouver au Palais des Congrès » et ça faisait partie de mon rêve, je me dis « Ben… ». Tout d'un coup je suis en train de vivre le rêve de petite fille de faire une grande salle comme ça. Et j'avais rencontré Claude François Junior dans un cocktail et je lui avais dit « Je voulais juste vous dire, c'est idiot, mais je voudrais juste vous dire merci, merci à votre père parce qu’aujourd'hui je suis là grâce à lui dans cette énergie qu'il m'avait apporté, dans ce rêve qui est devenu réalité ». Donc maintenant, bon… maintenant j'ai, je dirais, assumé tout ça et puis maintenant, bon, ça y est j'ai oublié que je vivais… pas oublier parce que dans mon quotidien il y a beaucoup Claude François mais je suis passée à autre chose, quoi. C'est acquis, enfin c'est très étrange.
Je trouve souvent intéressant de découvrir les gens à travers, à travers leurs secrets, leurs petites blessures. Très souvent dans notre intimité on peut découvrir la personne avec qui on vit tout d'un coup « Tiens, pourquoi il réagit comme ça ? Pourquoi il refuse d'aller vers un sentiment ? ». Et je trouve que dans la vie quotidienne on vit, tous, ça. Tout d'un coup on se dit « Tiens, mais il y a peut-être quelque chose, une blessure non dite, cachée, qu'on n’a pas envie de gratter » et je trouve que c'est ce qui est intéressant dans la vie en général et ce qui est intéressant pour les acteurs aussi à jouer, évidemment.
C'est vrai que j'ai une image assez sage mais c’est ce qu'on dit souvent que « Derrière la glace, souvent il y a le feu ». Donc, oui, j'aime séduire. Je crois que quand on fait ce métier d'actrice voilà… alors maintenant je le vis plus sereinement parce que d'abord j'ai mûri, j'ai vieilli et j'assume complètement le fait que je suis une séductrice. Avant j'avais un... j'étais tellement timide que c'était difficile d'associer les deux, la séduction et la timidité.
Ce qui me manque aujourd'hui pour aller vraiment au bout de celle que je voulais être à l'âge de 25 ans, j'en ai déjà fait pas mal, j'ai déjà un bon petit bout de rêve qui est réalisé, je dirai que c'est l'audace encore. Il faudrait que je sois encore plus audacieuse. Ça, c'est une chose que j'apprends au fur et à mesure. C'est la petite timide qui est encore là et il me manque encore un peu plus d'audace.
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