
Valérie Colin-Simard est journaliste et thérapeute. Elle étudie le nouveau féminisme et veut montrer combien le féminin est vital pour le monde d'aujourd'hui. Où en sont les femmes quarante ans après Mai 68 ? Et si le féminisme ne leur avait apporté que le droit d'être des hommes ? Dans tous les domaines, les femmes se sont adaptées à des schémas masculins. Pourtant, les «valeurs du féminin» sont indispensables à leur équilibre autant qu'à celui de la société.
Interview de Trixie de Geffrier.
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Qui suis-je?
Aujourd’hui psychothérapeute et écrivain, j’ai été journaliste pendant vingt ans à la télévision puis dans la presse écrite. Je travaillais pour Psychologies magazine lorsque j’ai décidé, au bout d’un long parcours, de changer de vie.
Naissance au début des années 1960 dans une famille d’intellectuels dont le père, auparavant célèbre pour ses émissions de radio, ne s’était jamais remis d’un grave accident cérébral.
A 16 ans, je veux être médecin du cerveau. En réalité, c’est « médecin de l’âme » mais je ne le sais pas encore. A la maison, le sujet est tabou. Lorsqu’elle s’est suicidée, ma grand-mère était en analyse avec Lacan. Selon ma mère, c’est à cause de sa psychanalyse. Faute d’autres repères, je ne suis pas encore capable de faire confiance à mon désir. Je vais donc suivre ses traces. Comme elle, Je serai journaliste.
18 ans. Je sais que ma famille a été décimée par les camps de concentration et je demande un jour à ma mère si je suis juive. Elle me répond textuellement : « si tu dis à un Israélite que tu es juive, il te tranchera la gorge ». Je découvre que la terreur qu’elle a pu éprouver pendant la guerre est toujours là, insoutenable. Qu’elle préfère donc penser qu’être juif, c’est une religion, non un peuple. Mes deux parents sont athées. Commence pour moi un long questionnement sur mon identité…
A 21 ans, après des études d’Hypokhâgne et une licence d’Histoire, je suis admise au concours d’entrée du CFJ (Centre de Formation des Journalistes, rue du Louvre à Paris).
A 23 ans, je participe au démarrage de CANAL PLUS, la première grande chaîne de télévision privée française. Je présente la revue de presse chaque jour à 7h45 avec Michel DENISOT dans la première émission de télévision du matin. C’est également la première fois que cette tâche - jusque là dévolue à des vieux caciques du métier- est confiée à une femme si jeune. Forcément, mon regard sera différent et souvent irrespectueux des normes établies… Avec la bénédiction de mes patrons, Jean-Louis BURGAT et Pierre LESCURE.
A 26 ans, je suis sous anti-dépresseurs. Je pleure tout le temps et je ne sais pas pourquoi. Je décide d’entreprendre une psychanalyse. Manque de bol, mon psychanalyste tombe amoureux de moi. J’en raconterai l’histoire douloureuse bien des années plus tard dans MON PSY, MON AMOUR (éd. PLON) en faisant croire que c’est un roman.
Au plus profond de ma dépression, je me dis que la seule chose pouvant donner un sens à cette souffrance, c’est de pouvoir plus tard aider d’autres à la traverser. C’est pour moi le début d’une recherche et d’un engagement qui dure encore. Cette quête de vérité n’a jamais cessé. Elle fait désormais partie de ma vie.
A 30 ans, je me marie et quelques mois plus tard, je suis enceinte. Je décide d’arrêter de travailler. J’avais été éduquée, voire dressée, pour être autonome, indépendante financièrement, réussir d’abord et avant tout professionnellement. Je fais ma révolution à moi. Cinq ans d’épreuve qui furent également pour moi l’équivalent de cinq ans d’université. Jamais je n’ai autant appris. Sur moi, les autres, la vie.
23 mai 1992 : naissance de mon fils Antoine. J’ai 31 ans.
19 août 1992 : Je vis une expérience spirituelle dans le Perche, au beau milieu de mon jardin. Dieu me tombe sur la tête et change de fond en comble ma vision de la vie. Je rencontre la foi et elle ne m’a jamais quitté depuis. Rien à voir avec le moralisme catholique qui, à travers, la croix, se prosterne devant la souffrance. Je comprends que celle-ci n’est qu’une étape malheureusement souvent nécessaire avant la Résurrection, c’est à dire la joie. Je crois en un Dieu qui s’est incarné sur terre (donc qui ne méprise pas la chair). Je me plonge avec passion dans les écritures sacrées que je découvre sous un nouveau jour. Je vivais sous anti-dépresseurs depuis l’âge de 18 ans. Je n’en ai plus jamais repris depuis. C’est une libération.
Un an plus tard, un éditeur me demande d’écrire mon tout premier livre : Un ouvrage qui aide l’entourage de ceux qui souffrent parce qu’ils traversent une épreuve. Ce fut LE CHAGRIN DES AUTRES publié par Anne CARRIERE qui créé sa toute nouvelle maison d’édition. L’ouvrage qu’elle publiera juste après le mien, sera L’ALCHIMISTE de Paulo COELHO.
A 35 ans, je choisis de divorcer. Je recherche du travail et décide de me tourner non plus vers la télévision, mais vers la presse écrite, plus proche de mes aspirations. Armée de nouveaux repères, je recommence ma carrière à zéro. Je deviens pigiste permanente pour le journal ELLE puis à PSYCHOLOGIES MAGAZINE où j’entre à l’occasion de la nouvelle formule créée par Jean-Louis SERVAN-SCHREIBER.
40 ans. Une amie psychologue me demande de lui servir de cobaye pour un test de carrière : je suis faite pour être psychothérapeute. C’est la révélation. Je m’autorise enfin à m’avouer mon désir et renoue ainsi le lien avec celui de mes 16 ans : être médecin du cerveau. Parallèlement à ma vie professionnelle, je n’avais jamais cessé de travailler sur moi, condition indispensable pour devenir psychothérapeute. J’avais vécu cinq expériences de psychanalyse et autres formes de psychothérapies. C’est donc en toute connaissance de cause que je fais le choix de la psychothérapie humaniste qu’est la GESTALT-THERAPIE. Je suis la formation de l’EPG, Ecole Parisienne de Gestalt, premier centre de formation de psychothérapeutes en Europe. Il s’agit pour moi d’une conversion.
41 ans. Après dix ans d’abstinence littéraire, je peux commencer à partager avec d’autres le fruit de mon travail et de mes engagements. Je publie en 2002 mon deuxième livre : PLUS FORT QUE LE DESTIN (Ed. ANNE CARRIERE). Sur la lancée, je publierai l’année suivante PERES D’AUJOURD’HUI, FILLES DE DEMAIN (Ed. ANNE CARRIERE) puis encore l’année suivante « NOS HOMMES A NU » (Ed. PLON) et encore l’année suivante MON PSY, MON AMOUR (Ed. PLON). Ouf ! En tout, quatre livres en quatre ans. Pour moi, mes livres n’ont de sens que s’ils initient un dialogue avec le lecteur. S’ils peuvent provoquer une prise de conscience et un changement dans sa vie.
46 ans. Je quitte définitivement le journalisme. C’est une nouvelle naissance.
47 ans. Grâce aux épreuves que j’ai rencontrées et surmontées, je peux aujourd’hui être psychothérapeute et écrivain. Je publie mon sixième livre « QUAND LES FEMMES S’EVEILLERONT » aux éditions ALBIN MICHEL. Un livre sur les changements des femmes d’aujourd’hui…
Bibliographie
Quand les femmes s’éveilleront
Editions Albin Michel, 2008
Nos Hommes à Nu
Edition Plon, 2004
Mon psy mon amour
Edition Plon, 2005
Pères d’aujourd’hui, Filles de demain
Edition Marabout, 2003
Plus fort que le destin
Editon Anne Carrière, 2002
Le chagrin des autres
Edition Anne Carrière, 2000
